sans salaire depuis quatre mois, un médecin témoigne

En grève générale dans les hôpitaux depuis près de sept mois, les médecins algériens résidents (c’est-à-dire en cursus de spécialisation après un concours, à l’instar des internes en France), ont récemment annoncé le durcissement de leur mouvement en cessant d’assurer les gardes de nuit, week-ends et jours fériés inclus dans l’ensemble des établissements du pays.

Les médecins résidents sont environ 9 000 en Algérie. Ils réclament depuis plusieurs mois la fin de l’obligation de service civil, qui les contraint une fois diplômés à exercer entre un et quatre ans dans des zones parfois reculées, en plus du service militaire d’un an obligatoire pour tous les hommes en Algérie. Pour le Dr Saddek Hamlaoui, médecin résident en chirurgie orthopédique au CHU de Bab El Oued, à Alger, l’arrêt des gardes de nuit est la preuve de la « détermination » des médecins résidents.

« La tutelle ne cesse de mettre en avant notre « inutilité » dans les centres hospitalo-universitaires, témoigne par écrit le médecin au « Quotidien ». Au début, pour une bonne prise en charge des malades, nous avions maintenu les gardes et les urgences la journée. L’absence de réponses concrètes à nos revendications et le gel de salaire total dans certains hôpitaux nous ont conduits à durcir le mouvement, mais nous ne voulions pas en arriver là », témoigne le futur chirurgien, membre du collectif autonome des médecins résidents algériens (CAMRA).

450 à 580 euros par mois

Selon le médecin, le statut des résidents les désigne « en formation »sans statut de fonctionnaire. « Nous ne sommes pas tenus légalement par l’obligation des gardes », assure le Dr Hamlaoui, qui n’a pas touché de salaire depuis quatre mois.

« Nous essayons de maintenir l’équilibre précaire d’un système de santé moribond. Les conditions de travail sont, dans bon nombre de structures, extrêmement défaillantes. La grève des résidents a prouvé que les CHU, à la pointe du système de santé, sont en manque de médecins, sans parler des plateaux techniques pour certains d’entre eux. Alors qu’en est-il des petites structures à l’intérieur du pays ? [où le service civil s’effectue] »s’indigne-t-il.

Début avril, les médecins résidents ont rejeté des propositions du gouvernement, notamment la déduction de la durée du service militaire de celle du service civil, l’instauration d’une prime en fonction de la zone d’affectation ou encore la fourniture d’un logement individuel à chaque médecin affecté dans une zone éloignée de chez lui. Actuellement, les résidents sont rémunérés, selon le CAMRA, entre 65 % et 90 % de la rémunération de médecin spécialiste assistant, soit des salaires entre 63 000 et 80 000 dinars algériens (l’équivalent de 450 à 580 euros), comme l’indique le quotidien national « Liberté ».

Bricolage à bas coût

Saddek Hamlaoui voit cette obligation comme une discrimination. « Seuls les médecins spécialistes sont tenus de faire ce service civil, les généralistes en sont exemptés, et aucune obligation ne pèse sur les structures pour améliorer les conditions de travail, d’accueil des médecins ou les incitations. C’est un système de bricolage à bas coût, où on oblige le médecin à aller, plutôt que de l’attirer. Après plus de 13 ans d’études, nous sommes le seul corps professionnel sous cette obligation ! »

« Ce service civil, malgré ses failles reconnues par l’ensemble de la corporation médicale, est pour le ministère le seul système apte à maintenir une soi-disant couverture sanitaire », estime enfin le Dr Saddek Hamlaoui. Selon le CAMRA, les résidents poursuivront leur grève jusqu’à « l’abrogation de l’obligation du service civil et l’exemption du service national après 30 ans », comme pour les autres Algériens.

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