La croissance ralentit, mais pas de dcrochage en vue

L’Insee a fait état vendredi d’une hausse de 0,3% du produit intérieur brut sur les trois premiers mois de l’année, là où les économistes attendaient 0,4%.

Cette évolution est la plus faible depuis l’été 2016, juste avant l’accélération de la reprise d’après-crise, et fait suite à une croissance confirmée à 0,7% au quatrième trimestre 2017.

Mais le rythme annuel de la croissance reste au-dessus de 2,0% – à 2,1% – même s’il baisse de 0,5 point par rapport aux trois derniers mois de l’an passé.

Le ministre de l’Economie et des Finances a réagi à ces chiffres en déclarant ne pas craindre une « perte de dynamique » de l’activité.

« La réalité, c’est qu’il y a eu un quatrième trimestre 2017 qui a été excellent et donc, comme toujours lorsqu’il y a eu de très bons chiffres de croissance, il y a un léger tassement ensuite. Il n’y a rien de très surprenant dans tout cela », a dit Bruno Le Maire à son arrivée à une réunion des ministres des Finances à Sofia.

Philippe Waechter, chef économiste d’Ostrum Asset management, partage ce diagnostic. « Je ne vois pas de signal d’une rupture brutale et de retour à une croissance faible », a-t-il indiqué. « Tout le monde à une croissance de l’ordre de 2,0% en tête pour cette année et cela suppose 0,4% par trimestre, on n’en est pas loin ».

L’acquis de croissance pour 2018, à savoir l’évolution du PIB si l’activité stagnait au cours des trois prochains trimestres, se situe déjà à 1,2% au 31 mars.

CALENDRIER FISCAL DÉFAVORABLE

Le ralentissement du PIB annoncé par l’Insee était perceptible dans les enquêtes sur le climat des affaires des derniers mois en France comme dans le reste de la zone euro, en repli sensible par rapport aux niveaux exceptionnellement élevés de fin 2017 tout en témoignant d’une activité toujours robuste.

La croissance du premier trimestre a été uniquement alimentée par la demande intérieure finale, traditionnel moteur de l’économie française, alors que les contributions de la variation des stocks des entreprises et du commerce extérieur ont été nulles.

Dans le détail, la production totale de biens et services a nettement ralenti au 1er trimestre (+0,3% après +0,9%), une évolution due aux seuls biens, secteur où elle a reculé de 0,6% (après une hausse de 1,2% au 4e trimestre 2017).

La production manufacturière a accusé un recul de 1,1% (après +1,5%) du fait de la baisse importante en matériel de transports (Airbus, automobile), un secteur qui avait porté l’activité de fin 2017.

Dans le même temps, la croissance de l’investissement des entreprises est revenu à 0,5%, bien loin des 1,6% du dernier trimestre 2017.

« Il y a eu une forme d’exubérance de la confiance des entreprises jusqu’en janvier, on normalise », estime Stéphane Colliac, économiste France de l’assureur crédit Euler Hermes.

La consommation des ménages a elle stagné pour le deuxième trimestre consécutif s’agissant des achats de biens et sa hausse globale (+0,2%, un rythme inchangé d’un trimestre sur l’autre) a tenu uniquement aux services.

Cette atonie « reflète les problématiques de pouvoir d’achat », avec l’accélération de l’inflation, liée notamment au pétrole, et un calendrier fiscal défavorable (hausses de la CSG, du tabac et des carburants), souligne Stéphane Colliac.

« Mais on sait déjà que les prochains trimestres seront plus favorables » avec notamment la baisse de la taxe d’habitation, dit-il, Philippe Waechter ajoutant que les créations d’emploi toujours dynamiques devraient aussi favoriser la consommation.

Stéphane Colliac maintient dans ces conditions sa prévision de croissance de 2,1% sur l’ensemble de 2018, « car on devrait avoir une accélération autour de 0,5% sur les trois derniers trimestres. »

(Édité par Yves Clarisse)

par Yann Le Guernigou

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