La prise du palais Brongniart par les gilets jaunes, symbole de l’indispensable facteur Social des critères ESG

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Publié le 02 décembre 2018

Dans le secteur de la finance durable, la prise en compte des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) a surtout mis l’accent sur les sujets climatiques. Mais ne serait-ce pas plutôt le facteur S qui doit être au centre de cette finance. La journée de manifestation des gilets jaunes dans Paris, où ont été pris pour cible l’ancien Palais de la Bourse et des banques, le laisse penser.

Les manifestants en gilets jaune se sont attaqués samedi 1er décembre à Paris à des symboles de la grande richesse : magasins de luxe, hôtel particulier, banques et… Palais de la bourse. Combien d’entre eux savaient que le Palais Brongniart, d’une part, est vide de toutes activités boursières depuis 1998 et que, d’autre part, a justement servi de cadre à trois jours de mobilisation sur la finance durable du 26 au 28 novembre. Cette escalade de la violence remet à leur place les débats feutrés organisés dans un cadre confortable où il a malgré tout été fait mention des gilets jaunes.

Toutes les incitations à remettre la finance au service d’une économie bas carbone et inclusive resteront inaudibles sans la capacité à expliquer en langage accessible, clair et crédible en quoi ce modèle économique a vocation à réparer les excès de celui qui domine aujourd’hui la planète. Dans le rapport publié par le groupe d’experts européens sur la finance durable (HLEG), nous nous sommes attachés à essayer de le faire et à construire une partie de recommandations pour pouvoir parler de finance durable avec les citoyens européens.

Des mots vides de sens

Cela suppose de leur parler de la vision politique qui détermine les choix économiques et financiers d’un gouvernement. Le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD) est un cadre possible à ce débat. Fin novembre la Commission Européenne a publié une communication expliquant quelles étaient les prochaines étapes pour un futur durable de l’Union. Elle y rappelle que la réduction des inégalités (l’ODD numéro 10) est au cœur de l’agenda social et politique de l’Union. Sauf que pour les gilets jaunes et ceux qui les soutiennent ces mots sont vides de sens.

Et pourtant, en langage de finance durable, on parle du facteur S pour “Social”. Les travaux se multiplient pour souligner le puissant facteur de déstabilisation que représente le creusement des inégalités partout dans le monde. En octobre, les Principes pour l’Investissement Responsable (PRI) ont publié un article expliquant pourquoi et comment les investisseurs institutionnels devaient travailler à réduire les inégalités de revenus.

Aujourd’hui, en France, dans tous les témoignages de gilets jaunes revient un sentiment diffus de trahison et de mépris. Il revient de tous ceux qui ne gagnent pas 1200 euros par mois. Il ne s’agit pas d’une revendication mais d’un sentiment. Et pour que ceux qui se sentent floués par les seuls bénéficiaires d’un système à bout de souffle croient que le modèle peut changer, il faut donner une autre ampleur à cette finance durable qui pèse encore si peu.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic