SwissBorg, le wealth management génération Blockchain

Retour

Interview Fintech : SwissBorg, le wealth management génération Blockchain

SwissBorg est un écosystème de cryptofinance décentralisé en Suisse, c’est-à-dire que les services sont exécutés par un algorithme, écartant ainsi la corruption des grandes entreprises et la partie bureaucratique. La crise financière aux États-Unis a montré les limites des banques centralisées qui ont presque détruit le système financier mondial en abusant, entre autres, des prêts. Les gestionnaires de patrimoine ayant été inaptes à changer de stratégies ou sauver les fonds de leurs clients, le Bitcoin a atteint sa maturité dans les années suivantes.

La gestion financière décentralisée serait donc un pas énorme dans la bonne direction, mais il n’existait pas encore de service de gestion de fortune perfectionné dans la cryptosphère. C’est ce que propose SwissBorg.

 

Son objectoif : créer un écosystème financier démocratique, décentralisé et professionnel pour gérer votre portefeuille d’actifs cryptographiques. Nous avons interviewé Cyrus Fazel, cofondateur de cette startup Fintech prometteuse qui vient de boucler brillamment son ICO.

Si certains termes utilisés dans cette article vous sont inconnus, consultez notre article => Fintech : un lexique pour comprendre l’univers de la blockchain et des crypto-monnaies

 

Pouvez-vous nous présenter SwissBorg en quelques mots svp ? 

La grande idée du projet SwissBorg est : comment combiner une plateforme de wealth management et la technologie blockchain, vraiment l’optimiser à travers cette technologie de smart contract et de la transformer par la philosophie de la blockchain ? C’est-à-dire une plateforme qui est gérée par une communauté.

Dans cette plateforme de wealth management nous proposons des portefeuilles de crypto assets, nous gérons des fonds de crypto, allons offrir des solutions de paiement et plus tard, des solutions de cryptocurrency exchange pour faire des achats et des ventes de différentes cryptos.

Nous sommes 15 personnes basées en Suisse, à Tokyo et Toronto. Nous venons de finir l’ICO et d’atteindre notre  » hard cap “, ce qui est assez rare. Nous avons levé l’équivalent de 50 millions de francs, en cryptomonnaies et francs suisses.

 

Comment vous est venue l’idée de créer Swissborg?

Comme beaucoup de gens dans l’équipe, j’ai commencé à travailler dans le wealth management il y a 12 ans,  Nous avons tous un background soit de banquier, de gestion de fonds ou de travail en banque d’investissement. Il y a 2/3 ans j’ai quitté mon poste dans un edge fund et avec Anthony Lesoismier, le cofondateur, nous avons commencé à parler de concevoir un projet de robo-advisor et à réfléchir à comment nous pourrions mettre en place une plateforme pour pouvoir offrir à n’importe quelle personne des fonds sur mesure à partir de leur profil de risque. Un robo-advisor beaucoup plus intelligent, driver par des algorithmes qui optimiseraient tout ce qui est gestion de portefeuilles. Aujourd’hui les robo-advisors ne font que de la location, mais ne vont pas plus loin. On a démarré par ce business-là et nous nous sommes aperçus fin 2016 que Ethereum, à travers la blockchain et son protocole, pouvait permettre à la fois d’investir dedans, et surtout de concevoir des véhicules d’investissement. Et nous avions justement chez SwissBorg le problème qu’à chaque fois que nous voulions mettre au point un nouveau portefeuille d’investissement, nous devions soit créer un fond ou faire un pondéré. Développer un business là dessus était compliqué. Nous nous sommes rendu compte que la technologie de blockchain permettait vraiment d’élaborer des mandats sur mesure et que ça ne serait pas seulement un asset class, mais cette technologie pouvait réellement révolutionner notre industrie.

Puis nous avons vu que le système des ICO pouvait nous permettre de lever des fonds beaucoup plus facilement, que la technologie était incroyable et que la philosophie transmettait vraiment ce que l’on souhaitait faire depuis le début, c’est à dire bâtir quelque chose de communautaire. Et fin février 2017 nous avons décidé de faire un ICO, ce qui a pris pas mal de temps.

 

Qui compose votre communauté ? Quel est leur intérêt ?

Aujourd’hui elle représente plus de 30 000 personnes partout dans le monde. Il y a des individus, des sociétés de blockchain, des family offices, des fonds d’investissement, une banque. Nous n’avons pas de profil type. Il n’y a pas plus de travail pour nous si le mandat d’investissement constitue un centime ou un milliard. Il n’y a pas vraiment de différence. Les smarts contracts permettent de tout optimiser et de tout faire à moindre coût.

Si je veux créer un nouveau fonds d’investissement je n’ai pas besoin d’aller voir un nego counselor, un administrateur, de signer un tas de papiers et ensuite d’aller rencontrer les exit brokers… Nous avons besoin de personne, nous avons juste à prendre notre cote sur GitHub (NDLR : Réseau social autour du développement web et techno). Nous mettons les codes en open source, nous devons uniquement copier-coller et les smart contracts sont prêts. Il n’y a donc plus l’entité de dire « est-ce qu’on va être BtoC ou BtoB? « . Aujourd’hui, on peut faire pour tout le monde.

Notre ICO le montre bien. Une personne a investi 4 dollars et une banque 5 millions. Et ils ont eu le même deal. J’imagine qu’une gagnera plus sur le long terme que l’autre. Mais Swissborg est réellement fait pour tous.

La blockchain permet de faire des transactions et de démocratiser les process. Et ce qui est génial et fort, qui devient intéressant, c’est que c’est fait par et pour la communauté. Par exemple, pour notre ICO, nous avons créer un token que les gens peuvent acheter. Appelé CHSB (CH pour Suisse et SB pour SwissBorg), il permet à notre communauté de prendre part à des référendums. Nous allons en organiser tous les 2/3 mois sur nos différents projets, sur la technologie ou autre. Les gens possédants des tokens pourront participer et seront ensuite rémunérés. C’est le meilleur moyen de créer une communauté basée sur la méritocratie. Chaque individu qui contribue à la plateforme est rétribué et l’accès est démocratique.

Nous avons alloué 700 000 CHF en bounties (primes) directes et indirectes. C’est-à-dire qu’il y a plus d’un million de tokens qui ont été distribués à des personnes qui nous ont juste aidées. Si vous nous avez rendu service dans le passé sur un logo, un article, en partageant sur les réseaux sociaux, nous allons vous donner des tokens gratuitement. C’est là que cela permet de voter. Il est possible de participer uniquement si votre wallet (portefeuille) est crédité de token CHSB.

 

Quelles ont été les leçons les plus précieuses que vous avez apprises en dirigeant l’ICO ?

La chose la plus importante dans un ICO est de réussir à créer une communauté. Et pour cela, il faut trouver un problème dans la communauté de la blockchain. Contrairement à ce qu’on entend parfois du type » j’ai un restau, je vais faire un ICO », cela concerne surtout les gens qui sont dans la blockchain. Tant que tu ne peux pas « tokeniser » ou « décentraliser » ce mouvement, cela ne sert à rien. Toutes les personnes qui investissent dans la crypto, sont de la crypto. Il y a de plus en plus de communautés, mais ce sont des gens qui veulent s’impliquer pour que leur vie aille mieux. On écrit un whitepaper, similaire à une thèse, dans lequel on soulève un problème. Puis nous l’envoyons à la communauté qui approuve l’intérêt ou non du projet.

Nous avons eu la chance que notre idée soit très bien prise depuis le départ. À partir de là, nous avons beaucoup engagé avec la communauté à travers les médias sociaux (telegram, GitHub, …), nous avons publié des articles un peu partout et fait des vidéos. Nous avons voyagé à travers le monde pour rencontrer le public, et échanger lors de meet-ups à Genève, Lausanne, Paris, Londres, Séoul, Tokyo, Hong Kong… C’est très important. Car même si certains aiment être derrière leur ordinateur, il y en a pour qui c’est essentiel d’avoir des rencontres dasn la réalité. C’est d’ailleurs comme ça que nous avons commencé à collaborer avec beaucoup de monde.

Nous avons eu un pic au début de l’ICO puis nous avons vu une vraie évolution des participations à partir du 1er janvier, plus de 35 millions francs en l’espace de 5/6 jours. Nous avons optimisé le site en fonction des résultats pour améliorer les conversions. En observant les données, nous avons pu maximiser le ciblage et les résultats. Nous avons gardé toutes les news pour la fin pour que chaque jour les gens se disent « ah, oui, il y a ça ». Cela montre une belle réussite en équipe. C’est vraiment un travail important qui représente beaucoup d’investissement.

Il y a un point déterminant également dans les ICO autour du sentiment et du « financial behaviour ».  C’est à dire : la perception du projet, qui va le conduire, comment il va le faire, ainsi que qui va participer. Et après, cela devient la folie. Par exemple, nous avons terminé 24 h à l’avance. Il y a des gens qui m’appelaient en pleurant en disant « je n’ai pas pu participer, stp… ».  Alors qu’ils achèteront juste plus cher lors de la sortie le 1er février, ça n’est pas si grave.

Avez-vous des astuces pour quelqu’un qui se demande s’il doit investir ou pas dans un ICO ?

Je ne donnerai pas de conseils, mais en général, je pense qu’i y a 6 facteurs à observer :

1. L’objetle problème qu’il attaque. Comment la tokenisation et la décentralisation peuvent faire que ce projet fonctionne.

2. Le market cap et la distribution des tokens : Combien il y a de tokens, comment est faite la répartition entre l’équipe et les participants et à quel montant (le market cap).

3. L’équipe : regarder si il y a une certaine diversité, si il y a une équipe technologique et une équipe business qui font du sens. En général, c’est très difficile de trouver les 2 en même temps.

4. Le whitepaper : si il est bien rédigé, qu’il met bien en avant le problème et qu’on arrive vite à comprendre où ils veulent aller et d’où ils viennent.

5. Les partenaires et advisors : savoir qui sont les backers dans les projets, les advisors qui les soutiennent, est-ce qu’is ont déjà des liens avec d’autres DAO comme nous.

6. La visibilité et les médias sociaux : voir si les Githubs sont remplis, comment ont réagi les gens, le nombre de contributeurs et l’intérêt sur Telegram, Facebook, YouTube…

S’ils tournent bien, qu’ils participent à beaucoup d’événements, et qu’on les voit dans la presse.

 

Comment voyez-vous la croissance de Swissborg ?

Le futur pour Swissborg, c’est d’avoir toutes les licences qui vont nous permettre de distribuer nos différents produits et services dans chaque pays, en Europe, au Japon et en Suisse. Il y a donc une partie juridique très importante pour être sûr d’être apprécié par les régulateurs comme la FINMA. Puis après ça, nous pourrons entrer dans la phase de distribution, recruter du monde à Toronto, sûrement à Zurich et au Japon. Après, notre but est d’offrir des services autant aux gens de la crypto (onchain), qu’aux gens qui n’en font pas partie (offchain) dans les family offices, les banques… Et chacun aura des services adaptés. Pour les family offices et les banques, nous allons par exemple créer un fond traditionnel de crypto. Pour les gens onchain, nous pourrons avoir des stratégies d’investissement directement à travers les smart contracts.

Nous sommes en train de faire le KYC/AML (anti-money laundering), le newer customer money lendering de notre communauté. Nous allons espérer que toutes les personnes passent.

Depuis le 1er février nous sommes listés sur différents exchanges (notamment HitBTC et livecoin) où les gens pourront vendre ou acheter leurs tokens CHSB.

 

Créez-vous des partenariats et des synergies avec d’autres organisations ?

Nous sommes spécialisés sur les sociétés de blockchain. Nous ne l’avons pas encore communiqué, mais nous avons fait un partenariat avec Fuze pour le paiement. Ils proposent une carte incroyable. Technologiquement, ce sont des gens très forts qui ont, entre autres, créé la technologie Apple Pay NFC. Cette carte permet de faire des paiements entre crypto et FIAT (francs suisses et autres).  Nous allons également le faire avec la fintech suisse SmartLink. Nous avons d’autres partenariats dont nous avons déjà parlé, par exemple :  ETHlend, BountyOx, ZeropointX. Nous nous sommes rapprochés d’eux parce que nous sommes exactement dans le même état d’esprit.

Nous sommes en train de créer une association suisse nommée DAOA (Decentralised Autonomous Organization Association) dont le but est que toutes les DAO comme nous soient centrales. Nous souhaitons créer beaucoup de partenariats entre les différentes fintech blockchain afin d’aider sur tout ce qui est juridique, technologique et marketing, et d’accompagner les régulateurs en les informant.

Après avoir rencontré la plupart des autorités de marché comme la FINMA, nous nous sommes rendu compte que personne n’est contre la blockchain, car bien conscients du potentiel. Cependant, ils ne veulent pas de mauvaises conduites. Nous avons donc aussi bien un but d’éducation que d’accompagnement pour les diverses contreparties de manière à ce que si nous détectons des mauvaises conduites, nous puissions auto réguler ce marché.     

 

D’après vous, la Suisse est elle un terrain fertile pour la Fintech et les crypto-monnaies en particulier ?

Malheureusement, je crois que pour la Fintech en Suisse ça n’est pas facile, en particulier pour lever des fonds. Il me semble que les Business Angels ont investi 25 millions l’année dernière en Suisse. Ce qui représente la moitié de notre ICO. Il y a de très bonnes Fintech, mais ça n’est pas si évident, il n’y a pas vraiment de facilité comme c’est le cas en Angleterre par exemple.

Cependant, si la crypto et la blockchain ont bien pris en Suisse, c’est parce que la technologie est Suisse. Et pourquoi la blockchain est Suisse ? Parce que c’est le seul pays qui est vraiment décentralisé comme la blockchain. C’est le seul pays qui fait depuis 2 ou 3 siècles un free threshold. La Suisse a légalisé les contrats financiers digitaux il y a déjà quelques années (indirectement les smart contract), elle a toujours eu une relation peer-to-peer, un système de référendum similaire au nôtre. Finalement comment la Suisse ne pouvait pas dire oui à la blockchain ? Zoug est par exemple un canton qui a toujours su se passer de façon très smart.  Et ils ont vite remplacé les edge funds par la crypto et accepté Ethereum.

 

En résumé, SwissBorg est un projet promis à un bel avenir qui démocratise l’accès aux crypto-monnaies en s’appuyant sur une communauté engagée. Pour en savoir plus, visitez le site et le blog.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *