un enjeu politique et budgétaire pour l’Europe

Bonne nouvelle : le climat est une priorité du cadre budgétaire de l’Union Européenne pour la période 2021-2027 publié le 2 mai. Il va représenter un quart des programmes soit 5 % de plus que sur la période précédente (117 milliards d’euros sur 7 ans). Mais le projet ne comporte aucun dispositif de suppression des subventions aux énergies fossiles ou d’interdiction des infrastructures carbo-intensives. Le compte n’y est donc pas pour les ONG et les parlementaires européens les plus engagés.

« Soumettez tout le budget européen à l’épreuve du climat. » Telle était la demande formulée dans une lettre ouverte au président de la Commission par une trentaine d’organisations environnementales. Elles l’appelaient à « aligner les flux financiers et les incitations fiscales de l’Union sur l’objectif de l’Accord de Paris » pour limiter le réchauffement climatique à deux degrés à la fin du siècle.

Elles ont été entendues au moins sur un point : l’augmentation de la part du budget consacré à cet objectif ! Ceci dit beaucoup espérait plus que 25 %. Emmanuel Macron, le 22 mars dernier lors du lancement du plan d’action pour une finance durable avait non seulement évoqué le chiffre de 40 %, mais aussi souligné la nécessité de mettre en cohérence tout le budget européen. « Nous devons fixer un objectif de contribution à la transition écologique et surtout veiller à ce qu’aucune dépense ne soit hostile au climat« , lançait-il.  La Commission n’en ait donc pas tout à fait là même si les pressions politiques se font plus fortes.

 Le Parlement européen a voté, le 14 mars, une résolution pour inciter l’Union Européenne à consacrer au moins 30 % de son budget à la lutte contre le changement climatique. Le rapport d’initiative de la Commission des affaires économiques et financières engageait la Commission à aller plus loin que son plan d’action sur la finance durable. Il souhaitait que les marchés financiers européens soient harmonisés pour augmenter considérablement les volumes d’investissements verts et désinvestir les énergies fossiles.

L’environnement, une question géopolitique

Le rapport a été piloté par la députée verte Molly Scott Cato. Très engagée dans ce combat, elle considère que : « L’Europe doit saisir sa chance de devenir le leader mondial de la finance durable en ayant des ambitions plus fortes qui lui permettent de financer une économie conforme à ses engagements environnementaux et sociaux« .

Faire de l’Europe le moteur de la lutte contre le changement climatique et la protection de l’environnement est une question géopolitique cruciale. Elle devrait être au cœur des débats électoraux européens de l’année prochaine dans tous les pays de l’Union, à condition que les candidats s’en emparent. S’ils ne le font pas spontanément, ils seront peut-être condamnés à le faire par la justice.

« 2018 est l’année des procès climatiques et les tribunaux sont la nouvelle ligne de front dans la bataille pour le climat« , ont rappelé le 7 mai les ONG qui poursuivent cinq gouvernements du continent européen pour inaction climatique : l’Irlande, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse et la Norvège. Un premier tribunal leur a donné raison en condamnant le gouvernement néerlandais qui a fait appel. Si la jurisprudence est encore à construire c’est déjà un combat citoyen : 35 000 Belges sont parties prenantes de l’action collective sur le climat intentée dans leur pays.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HTDirectrice générale de Novethic

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