Le Syctom veut faire briller « l’Etoile verte » en 2021

En lançant la phase de valorisation et de requalification urbaine de son incinérateur de Saint-Ouen, le Syctom ouvre le premier chantier d’un projet conçu comme une “île verte” et un laboratoire d’expérimentation.

Si le paysage de Saint-Ouen s’est métamorphosé en une vingtaine d’années, difficile de ne pas percevoir les fumées dégagées par le centre de valorisation énergétique, construit en 1990.

Maintenant que cette usine se trouve au coeur de nouvelles habitations, le maire de Saint-Ouen William Delannoye a rappelé le besoin “de disposer d’un bâtiment qui s’intègre au mieux dans son environnement urbain”. Son principal mot d’ordre à destination du Syctom et des architectes du cabinet Reichen et Robert : un bâtiment “très végétalisé, qui tienne compte des contraintes environnementales et de la proximité des logements”.

Patrick Ollier, William Delannoye, Sophie Deschiens et Jacques Gauthier lançaient la phase de réhabilitation de l’incinérateur de Saint-Ouen ©JGP

Les différentes phases de valorisation des process et de réhabilitation architecturale s’écouleront sur quatre ans, mais Jacques Gauthier, président du Syctom, assure : “la plupart des travaux seront visibles dès mars 2020”.

Un délai relativement court, dans la mesure où le centre de Saint-Ouen est le deuxième site industriel géré par le Syctom, après celui d’Isséane à Issy-les-Moulineaux. Avec un traitement annuel de 630 000 tonnes de déchets, “le premier challenge sera d’aménager, d’imaginer une usine qui se métamorphose sans que les travaux impactent ses capacités habituelles”, appuie Jacques Gauthier.

Laboratoire d’économie circulaire

De ce futur centre livré en 2021 et qui a bénéficié de 200 millions d’euros d’investissements, le président du Syctom attend qu’il incarne “une référence unique en France avec une diminution des rejets, une métamorphose du quartier alentour et un meilleur rendement énergétique”.

Au coeur du site industriel, le process de traitement des fumées est modernisé depuis 2015. Actuellement épurées par traitement humide, permettant de diminuer leur impact atmosphérique, les fumées émises par la cheminée du centre de Saint-Ouen passeront progressivement au traitement sec. Ce nouveau process permet de récupérer de la chaleur fatale pour la réinjecter sous forme d’électricité et de chauffage dont le réseau pourra alimenter 110 000 logements dans l’écoquartier de la ZAC des Docks.

© Reichen & Robert & associés/Kaupunki

Dans la volonté de rendre ce site pionnier, le Syctom a financé un programme international de recherche et développement sur le captage du CO2 dans les fumées d’incinération par des micro-algues, qui a pour finalité la production de biocarburants ou de biomatériaux. Le site de Saint-Ouen fera office de pilote pour les expérimentations en 2019 avant un possible déploiement industriel, qui le placerait comme la 1ère usine européenne utilisant le process de captage.

Redonner une urbanité perdue

Charger de concevoir l’intégration urbaine du centre de valorisation énergétique au sein de l’écoquartier des Docks, Bernard Reichen s’est dit animé par l’envie de créer « une île verte » sur site industriel. L’architecte qui n’a plus à faire ses preuves dans la réhabilitation de bâtiments du patrimoine industriel souhaite, par son édifice, s’adresser à trois publics: « les riverains, les habitants des logements alentours et les usagers de la nationale 1 ».

L’architecte Bernard Reichen aux côtés de la maire de Romainville Corinne Valls. ©JGP

Bernard Reichen entend bien concrétiser sa vision du « tourisme industriel », et contrer l’idée commune que « les sites industriels sont de gros jouets hostiles à la ville et à l’humaine ». Pour redonner au site « l’urbanité qu’il avait perdue », il baladera les automobilistes le long d’une séquence verte, en continuité avec le Grand parc de Saint-Ouen, permettra aux visiteurs de déambuler du transbordeur à mâchefers, et offrira un vis-a-vis aux habitants par l’incrémentation de 3000 m2 de bureaux au centre, du côté de la rue Ardoin.

Attirer l’oeil et la curiosité par l’architecture, mais également les prestations artistiques. La façade du centre de valorisation énergétique sera la grande toile de l’artiste du numérique Miguel Chevalier qui y déploiera son projet « Pixels Light ». Des variations de couleurs et de mouvements qui seront visibles de jour comme de nuit, néanmoins régulées la nuit tombée pour respecter le voisinage.

La prestation de Miguel Chevalier, de nuit ©Reichen&Robert et Miguel Chevalier

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