deux leviers clés pour améliorer l’octroi de crédit aux PME

« Big data », « fintech », « blockchain », ces anglicismes sont désormais omniprésents. Derrière ces mots et les innovations attendues se pose aussi la question de l’accès, de la propriété et de l’utilisation des données utilisées, et plus généralement de la digitalisation de notre économie.  

En appliquant cette réflexion au monde du crédit aux PME, nous pensons qu’il faut lever deux freins : l’absence de vraie digitalisation pour accéder au crédit ; et, surtout, la non-communication des données (notes, scoring) utilisées par les organismes financiers et qui conditionnent l’accès au crédit.

Un système de notation 100 % confidentiel…

Tout d’abord, rappelons le contexte pour le dirigeant d’une PME : le chemin de l’accès au crédit ressemble encore trop souvent au parcours du combattant. Il faut d’abord contacter les banques lorsque les comptes sont enfin finalisés, prendre rendez-vous et se rendre plusieurs fois en agence, signer pléthore de papiers avec des mentions manuscrites, et enfin attendre que tout cela soit suivi d’une réponse… de principe, avant d’attendre encore quelques jours à quelques semaines, selon les banques, et selon la complexité du financement. 

À cela s’ajoute un déséquilibre naturel entre celui qui demande des sous et celui qui en a. Ce n’est pas sans rappeler le fameux dialogue plein d’humour du film de Sergio Leone qui divise le monde en deux, « entre ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent »… Mais il existe aussi une autre asymétrie, à savoir celle de l’information sur les critères de décision de l’accord de crédit, qui nous paraît contre-productive.

Dans les critères de décisions affichés, la banque utilise la cotation Banque de France, issue du Fichier Bancaire des Entreprises (FIBEN) dont l’informatisation avait été lancée en… 1982. Cette cotation FIBEN résulte du classement d’une entreprise par rapport aux autres entreprises de son secteur, en s’appuyant quasi uniquement sur des ratios financiers. Elle est « connue » du dirigeant et du banquier, mais, dans les faits, cette cotation est mal comprise des entrepreneurs et bien mieux comprise du banquier… 

Cette cotation FIBEN n’est cependant pas le seul outil à la disposition de la banque. Cette dernière dispose également d’un système de notation (scoring) interne, 100 % confidentiel, notamment vis-à-vis des entrepreneurs, qui sont pourtant les premiers concernés, et qui conditionne en grande partie la décision de crédit. Pour visualiser, imaginez-vous passer un concours sans connaître le coefficient de chaque matière ni la note minimum qu’il faut avoir pour être retenu… Qui peut encore accepter cette opacité et cet archaïsme en 2018 ? Et pourquoi les banques maintiennent-elles cela ? 

Pour certains, la réponse est assez triviale. Selon eux, les banques sont réticentes aux changements, comme tous ceux qui auraient du mal à renoncer aux « avantages acquis », c’est-à-dire aux pratiques du « passé », et lutteraient donc contre toutes formes de changement. Pour d’autres, les banques jouent sur l’opacité de leurs systèmes de notation pour se protéger des mauvais crédits, ce qui justifierait de ne surtout pas communiquer sur leur « martingale ». Mais est-ce réellement la « martingale » attendue ?

Pour des mesures de sécurité ?

Un autre contexte est à prendre en compte, qui limite objectivement le processus automatique d’analyse crédit et sa validité. 20 % des PME (et la plupart des TPE) ne déposent pas leurs comptes, ce qui ne permet pas de se reposer sur leur note FIBEN, et oblige de facto à avoir recours à son propre scoring. Ce dernier s’appuie donc forcément sur des données extra-comptables ou des données comptables communiquées par le dirigeant. Sur ce point précis, les dirigeants de PME qui ne publient pas leurs comptes sont fautifs. Plus subtils, la plupart de ces comptes ne sont pas audités (pas de commissaire aux comptes, ou CAC) et leur fiabilité est par conséquent discutable.

Les comptes audités et certifiés ne sont pas nécessairement parfaits, mais engagent la responsabilité du CAC sur la véracité de l’information (ces derniers disposant par ailleurs d’une assurance professionnelle). Pour les entreprises n’ayant pas de CAC, le dirigeant est le seul responsable des comptes et s’appuie généralement sur un expert-comptable, qui comme son nom l’indique est un expert de la comptabilité, mais qui n’engage pas sa responsabilité sur les comptes de l’entreprise. La conséquence est évidente. Pour faire le lien avec l’actualité, un rapport de l’IGF publié en mars 2018 préconise de relever les seuils d’intervention des CAC (chiffre d’affaires minimum de l’entreprise, etc.), ce qui de facto dégraderait la qualité de l’information comptable collectée sur l’ensemble des PME et donc les modèles de scoring… En cela les banques, les PME, et nous, risquons d’être tous perdants.

Les leçons du crédit aux particuliers appliquées au financement 2.0 des PME

Pourtant il est possible d’allier digitalisation et transparence des processus. Un exemple parmi d’autres : la digitalisation du crédit immobilier pour les particuliers. En effet, les banques ont digitalisé leurs processus de crédit en utilisant des données simples et compréhensibles pour scorer les emprunteurs et calculer leur capacité d’endettement.

Certes, cette facilité d’accès au crédit a pu donner lieu à quelques abus et des risques de surendettement liés notamment aux difficultés légales de la mise en place d’un fichier centralisé, et aux accidents de la vie qui peuvent toucher un ménage. Mais ces écueils ne se posent pas vraiment pour les PME.

Dirigeants de PME, vous voici sur le site d’analyse crédit que nous rêvons pour vous. En quelques clics et sur la base d’un simple questionnaire, il est désormais possible d’obtenir une réponse de principe sur votre capacité d’emprunt pour financer votre développement. Vous souhaitez comprendre votre score ? Pas de problème, on vous adresse alors le détail de votre analyse crédit… Un rêve ? Pas si éloigné ! Si vous vous rendez sur les sites de certaines plateformes de crédit aux PME, vous verrez qu’ils progressent en ce sens. La limite de l’exercice : la disponibilité des données financières et légales et la qualité de l’information des différentes bases de données sur les PME agrégées… et surtout les cas de crédit complexes qui pour l’instant requièrent une analyse crédit traditionnelle.

Mettre en place des outils en ce sens ne peut qu’aider à aller vers un meilleur financement de l’économie réelle, et permettre à nos entreprises d’avoir un vrai avantage concurrentiel en Europe pour accéder aux financements – un sujet plutôt important dans la période de croissance que nous connaissons à nouveau. Le secteur du crowdlending est particulièrement adapté à ce défi.

Tribune libre de Cyril Tramon, Président et fondateur de WeShareBonds

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