Crédit Agricole pénalisé par les marchés et les changes

[Article mis à jour à 9h20]

Le premier trimestre aura été décidément difficile pour les banques françaises. Après BNP Paribas et Société Générale, c’est au tour du Crédit Agricole de publier ce mardi des résultats en repli et affectés par « un environnement de marchés médiocre« , du fait de la correction boursière de février et « la mollesse du compartiment obligataire« . L’entité cotée en Bourse, Crédit Agricole S.A., a dégagé un bénéfice net de 856 millions d’euros, en hausse de 1,2% du fait d’éléments comptables, pour un produit net bancaire en progression de 4,4% à 4,9 milliards d’euros : le résultat sous-jacent affiche en réalité un recul de 12,1%.

La baisse du dollar a rogné les profits de 35 millions d’euros dans l’activité de gestion d’actifs (Amundi) et dans la banque de financement et d’investissements (BFI). Sur les marchés de capitaux justement, CACIB, la division de BFI, accuse une baisse de 20% de ses résultats (hors change) en raison de « marchés de taux, de crédit et de changes peu actifs« .

Les effets de périmètre ont également joué, du fait des cessions de la participation dans Eurazeo et de la moitié des parts dans la Banque Saudi Fransi en Arabie saoudite.

« Nous avons cédé des participations non stratégiques, minoritaires, qui étaient mises en équivalence mais ne généraient pas de cash dans nos comptes et acquis des participations majoritaires, avec le rachat de Pioneer par Amundi et celui des trois petites caisses régionales en Italie » a souligné Philippe Brassac, le directeur général de Crédit Agricole S.A., lors d’une conférence de presse.

L’intégration se passe bien et les synergies de Pioneer seront dégagées plus rapidement que prévu (60% dès cette année) tandis que les trois banques italiennes, légèrement déficitaires, seront à l’équilibre au deuxième trimestre et bénéficiaires sur l’année.

La Banque verte se plaint aussi de la forte hausse de sa contribution au Fonds de résolution unique (FRU) européen. L’Union bancaire a mis en place le Mécanisme de résolution unique (MRU), en cas de faillite d’un établissement d’un des pays membres, et créé ce FRU, qui doit atteindre d’ici à la fin 2023 un niveau représentant au moins 1% des dépôts couverts de l’ensemble des établissements adhérents. Au premier trimestre, le groupe Crédit Agricole a dû verser 359 millions d’euros au titre de sa contribution au FRU, en hausse de 29,5% (291 millions pour le seul Crédit Agricole S.A.). Philippe Brassac a dénoncé « une certaine opacité des factures par pays » dans la fixation des contributions versées par plus de 3.500 établissements bancaires ou firmes d’investissement. A fin juin 2017, le FRU avait collecté un total de 17,4 milliards d’euros.

Succès de l’offre low-cost Eko face à Orange et Nickel

Sur le plan commercial, la Banque verte se dit satisfaite des « excellentes performances des caisses régionales« . Les encours de crédit à l’habitat et à la consommation sont en hausse (+7,7% et +9,9% respectivement). Philippe Brassac s’est réjoui de « l’attractivité du modèle de banque universelle de proximité« : les caisses régionales ont ouvert plus de 267.000 comptes particuliers au premier trimestre. Un chiffre à comparer avec les 325.000 ouvertures l’an dernier par le compte Nickel, qui avait permis à sa maison-mère BNP Paribas d’être « la banque qui a ouvert le plus de comptes en France » en 2017. Ou aux 100.00 comptes ouverts en quatre mois par Orange Bank.

Le directeur général de Crédit Agricole a révélé que son offre d’entrée de gamme à 2 euros par mois, Eko, lancée en novembre dernier, avait rencontré un certain succès avec « plus de 30.000 ouvertures de comptes, dont 21.000 auprès de nouveaux clients. Il n’y a pas vraiment d’effets de cannibalisation que nous pouvions craindre, puisque cela ne représente que 11% des entrées en relation » a-t-il observé.

« Nous ne disons pas banque traditionnelle contre banque digitale, nous parlons de banque complète, qui offre tous les services, face aux banques uniquement digitales. L’idée s’installe dans le marché que toutes les banques doivent avoir leur offre light » a relevé Philippe Brassac.

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L’offre low-cost sera prochainement déployée au LCL, « avec un nom différent peut-être« . L’ex-Crédit Lyonnais est par ailleurs toujours « proche de la stabilisation« , malgré des résultats en recul reflétant la « quasi disparition » des commissions de renégociation des prêts immobiliers, après le pic atteint il y a un an: ses revenus, en repli de 5% au premier trimestre, devraient être stables sur l’ensemble de l’année. Le réseau est aussi un bon pourvoyeur en assurance, le métier qui contribue le plus au bénéfice de Crédit Agricole S.A. (276 millions d’euros au premier trimestre) : en assurance vie, auto, habitation, emprunteur, retraite ou prévoyance, sous ses marques Predica, Pacifica, CACI, etc, la Banque verte est en effet le premier groupe d’assurance en France avec 30,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

L’action Crédit Agricole, qui avait ouvert en baisse de 1,2% ce mardi, s’est retournée et gagne plus de 1% dans les premiers échanges.

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