Denis Duverne : «La baisse du dividende d’Axa n’est pas à l’ordre du jour»

Le président d’Axa, a accordé au Revenu un entretien exclusif, dans lequel il évoque l’acquisition d’XL Group, ainsi que les nouvelles priorités stratégiques du groupe.

Âgé de 64 ans, HEC, ENA, Denis Duverne a rejoint Axa en 1995 après un début de carrière dans la haute fonction publique et la banque. Il devient président du conseil d’administration le 1er septembre 2016, suite au départ d’Henri de Castries du groupe.

Son mandat d’administrateur – comme celui de Thomas Buberl – est soumis à renouvellement lors de l’assemblée du 25 avril.

Axa a annoncé en mars 2018 le rachat d’XL Group, une opération à 12,4 milliards d’euros. Quelle a été la grille d’analyse du conseil pour donner son feu vert ?
Denis Duverne :
Voilà plusieurs années qu’Axa indique sa volonté d’accélérer sa croissance auprès de la clientèle des entreprises, dans la santé et la prévoyance.

Quand Thomas Buberl a pris ses fonctions, il a recommandé au conseil d’accentuer cette orientation, avec la mise en Bourse des activités d’assurance vie et de gestion d’actifs aux États-Unis, afin de réduire l’exposition du groupe au risque financier, dont la couverture concentre plus de 60% de l’allocation de capital d’Axa.

C’est beaucoup. Depuis la crise, le groupe a des multiples de valorisation boursière défavorables par rapport à ses concurrents en raison du poids de l’assurance vie, notamment aux États-Unis, qui fait porter du risque financier à l’actif et au passif du bilan. Ce n’est pas le cas avec l’assurance dommages et santé puisque le risque financier est absent du passif.

L’intention du groupe est donc bien de réemployer les sommes dégagées de la cession progressive de nos activités américaines vers nos métiers prioritaires. XL Group va fortement y contribuer.

Pourquoi accepter une telle prise de risque en combinant l’opération d’XL et la cotation de ses activités américaines ?
Denis Duverne :
C’est un risque maîtrisé. Dans un monde idéal, les opérations se seraient produites avec un calendrier différent.

La Bourse a pu être surprise par cette opération car nous avions parlé d’un budget d’acquisitions de 5 milliards d’euros sur cinq ans. Mais il se trouve que XL Group, qui fera gagner à Axa du temps stratégique, était disponible maintenant.

Logique industrielle

Au risque d’entretenir un sentiment de précipitation stratégique…
Denis Duverne :
Au contraire, l’opération s’inscrit parfaitement dans la stratégie. La rapidité de l’opération, approuvée à l’unanimité par le conseil, témoigne de l’agilité d’Axa, dont ce n’est pas la première opération aux États-Unis.

Ne payez-vous pas XL Group trop cher ? Denis Duverne : Je ne crois pas. XL est payé près de 11 fois les résultats normalisés après synergies. Ce prix n’intègre pas la prime de contrôle qu’on constate habituellement pour des syndicats du Lloyd’s ou des assureurs dommages américains dont les prix sont beaucoup plus élevés.

Comment avez-vous perçu la réaction du marché après l’annonce de l’opération ?
Denis Duverne :
Je suis déçu mais pas surpris. Déçu car la logique industrielle correspond au repositionnement que nous avions annoncé. Je ne suis pas surpris, car chaque fois que nous avons annoncé une transaction importante le marché nous a sanctionné, comme avec Winterthur en 2006, qui est aujourd’hui un pilier de no­tre profitabilité.

Ce qui pèse à court terme, c’est une crainte d’exécution, mais on prouvera qu’il s’agit d’une bonne décision.

Que se passerait-il si la cotation des activités américaines n’avait pas lieu ce printemps ?
Denis Duverne :
Axa dispose, grâce à des cash-flows annuels supérieurs à 6 milliards d’euros, de la flexibilité nécessaire au financement d’XL, même si la cotation des activités américaines était ajournée pour des raisons de marché pour une, voire deux années.

En outre, le plan de marche prévoit d’autres cessions, en cohérence avec le choix de nous concentrer sur seize marchés : dix matures où nous avons des parts de marché importantes et six jugés à fort potentiel. Les autres entités sont gérées dans une logique de portefeuille avec la possibilité soit de renforcer la position, soit de céder.

Quelles pourraient être ces cessions ?
Denis Duverne :
Par exemple se séparer des parts dans l’assureur dommages russe Reso, dont la cotation est envisagée ce printemps par son premier actionnaire.

La vente de la gestion d’actifs n’est plus du tout à l’ordre du jour ?
Denis Duverne :
Cet épisode illustre bien la manière dont fonctionne le conseil d’administration. C’est un lieu de débats et de réflexions. La question de la taille de notre activité de gestion d’actifs Axa IM s’est posée en 2017.

Plusieurs options ont été étudiées, puis il a été décidé collectivement que le meilleur scénario était de poursuivre la croissance interne d’Axa IM sans qu’Axa y perde sa majorité.

La Chine fait de longue date partie des pays considérés à potentiel par Axa. En êtes-vous toujours au stade des espoirs ?
Denis Duverne :
C’est un marché décisif. La Chine a contribué en 2017 à plus de la moitié de la croissance du marché mondial de l’assurance. Nous y sommes le premier assureur étranger, avec une part de marché de 1% en vie et 1% en dommages.

Notre joint-venture avec ICBC est profitable depuis trois ans, avec des affaires qui vont dans la bonne direction. Avec 27,5% du capital, nous nommons le directeur général. La reprise en mains du secteur financier par les autorités, comme dans le cas Anbang, va dans le sens d’un assainissement. L’arrêt de la course aux rendements garantis – à laquelle nous n’avons pas participé – nous va bien.

Encourager la sortie en rente

En France, la loi Pacte est attendue pour mai. Quelle est votre position sur le volet de l’objet social de l’entreprise ?
Denis Duverne :
Axa n’a pas attendu le projet de loi Pacte pour avoir une politique d’entreprise responsable. Nos initiatives – de l’encouragement à l’engagement des salariés, au soutien à la recherche, en passant par les décisions de ne plus assurer ou investir dans les secteurs du charbon ou du tabac – en témoignent depuis longtemps.

C’est sur le volet de l’épargne retraite, également prévue dans la loi Pacte, que le projet est plus préoccupant. Nous avons la conviction que ne pas encourager la sortie en rente au profit d’une sortie en capital serait un mauvais calcul pour les épargnants. Nous militons pour que l’incitation fiscale à l’entrée de cette épargne retraite soit réservée aux produits à sortie majoritaire en rente.

Quel est aujourd’hui le contrat d’investissement proposé par Axa à ses actionnaires ?
Denis Duverne :
Grâce à sa grande solidité financière et à sa focalisation sur les besoins de ses clients, Axa démontre depuis dix ans sa capacité à servir un dividende en hausse régulière (+9% au titre de 2017) qui prend appui sur des résultats en progression constante.

Ce contrat-là se poursuit bien évidemment pendant la transformation du groupe. Le conseil s’est assuré que la baisse du dividende n’était pas à l’ordre du jour, quels que soient les scénarios de financement d’XL et de mise en Bourse des activités américaines.

Cet entretien a été réalisé avant l’annonce, par Axa, de la mise en Bourse de sa filiale américaine.

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