Gilles et John : « Banzaï ! »

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Une retraite au « minimum vieillesse » écrasée par les taxes est déjà une raison suffisante pour justifier notre participation à la révolte des Gilets jaunes. L’arrogance et le cynisme à la Marie-Antoinette avec lesquels cette révolte est reçue sont d’autres bonnes raisons. L’espoir de pouvoir contribuer à construire un jour une société plus vivable en est encore une autre, essentielle.

Mais nous n’avons pas d’illusions, surtout pas celle d’être « entendus » par le roitelet et ses majordomes. Nous pensons bien qu’un gouvernement qui fait des funérailles nationales à de riches exilés fiscaux continuera à écraser sa « plèbe » de taxes pour financer ce genre d’agapes et autres « frais de représentation » et aussi pour payer les polices et autres bureaucraties qui permettent de réprimer cette « plèbe » quand elle se met en colère.

Mais notre révolte n’est pas seulement contre ce gouvernement. Elle est contre le système qu’il soutient. C’est le « ras le bol » d’être taillable et corvéable à merci. Nous savons bien qu’il faudra plus que quelques aménagements pour en finir avec ce système qui nous asservit et nous pressure, avec cette domination vampirique dont les taxes sont une tentacule et la pollution une autre (L’écologie devenant ainsi l’ultime argument de la pompe à fric). Nous n’avons pas la naïveté de croire que l’Etat, quels que soient ses « timoniers », pourrait devenir équitable sans que cesse cette domination et cette exploitation. L’état est le bras armé de cette domination. Toutes ses lois ont pour fonction d’empêcher la moindre contestation, d’écraser la moindre révolte. Et elles ne cessent d’être renforcées sous prétexte d’anti-terrorisme. Espérer se faire « entendre » gentiment dans ces conditions c’est se condamner d’emblée à la défaite.

Ce n’est pas non plus l’élection d’un « homme fort » ou d’une femme grande gueule (Même si le sinistre de l’intérieur a offert à l’une d’elle l’occasion de se poser en héroïne de la révolte en l’accusant d’être responsable de la « sédition ») qui résoudront le problème. Donner le pouvoir à des ploutocrates prétendument anti système (alors qu’ils en croquent copieusement depuis des décennies) est une solution de lâche qui refuse de prendre ses affaires en main. C’est l’abdication par les urnes de ce qui serait une véritable souveraineté populaire, dont l’actuelle révolte signifie la volonté de retour en se dissociant des politicards de tous bords.

La haine anti-migrants, le racisme et la xénophobie vers lesquels ces démagogues essaient de divertir la colère, servent essentiellement à faire oublier que leurs programmes de gouvernement sont les mêmes que ceux du système qu’ils prétendent combattre : Tout pour les patrons du Cac 40 et les oligarques, rien pour ceux sur le dos desquels ils se nourrissent. N’en déplaise aux excitateurs de haine, migrants et français « de souche » ont les mêmes ennemis. Non, les migrants et autres sans-papiers ne sont pas ces privilégiés que dépeignent les caricatures « identitaires ». Les privilégiés, les nouveaux aristocrates, ce sont les 1% des rois du business et leur valetaille ministérielle.

Pas plus que par l’enfumage macronien, cette révolte ne doit se laisser dévoyer par les roublards qui veulent faire Führer.

Ce qui fait la force de cette révolte, c’est précisément ce que les « analystes » médiatiques désignent comme sa faiblesse : son refus de se laisser formater pour rentrer dans le moule de négociations huilées, son refus de se laisser déposséder  de ses exigences. Ce mouvement ne pourra progresser en se transformant en nouveau parti avec leaders galonnés, graines de bureaucrates « négociateurs » patentés, mais en renforçant son auto-organisation et le contrôle de ceux qui parlent en son nom, en affirmant toutes ses exigences et se montrant déterminé à les faire aboutir par tous les moyens adéquats.

L’État peut lâcher des miettes, nous le savons, mais des miettes ne font pas un pain. Et nous avons très faim.

Gilles et John, le 1er décembre 2018

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