« Gilets jaunes » : nouveau coup dur pour le commerce et le tourisme

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Une agence de la BRED vandalisée à Paris, le 2 décembre. Stephane Mahe / REUTERSTrop tôt, dimanche, pour évaluer les dégâts. Au lendemain des manifestations des « gilets jaunes », plutôt que des estimations chiffrées, ce sont des constats des actes de vandalisme que dressent l’ensemble des responsables économiques allant du tourisme, à l’hôtellerie en passant par le commerce, les banques et les sociétés d’autoroutes. Tous en appellent au gouvernement à un retour à la normale afin d’éviter un nouveau week-end à hauts risques. Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Gilets jaunes » : à Paris, des destructions, des violences et un mot d’ordre, « Macron démission » Une réunion de crise doit se tenir lundi 3 décembre en début de matinée entre le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, et les professionnels du commerce pour évoquer les suites des manifestations de samedi 1er décembre. Les commerçants se disent de plus en préoccupés de les conséquences dramatiques sur leur activité économique au moment même où, habituellement, ils génèrent les meilleurs chiffres d’affaires, à l’approche des fêtes de fin d’année. Violences et pillages pour les uns, fermetures de samedis traditionnellement de grande affluence pour les autres. « Déjà plusieurs millions d’euros de pertes et un impact d’image considérable à l’étranger, il faut que le gouvernement réagisse », estimait, samedi, Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce. À Paris, les grands magasins du boulevard Haussmann, les Galeries Lafayette et le Printemps, ont dû fermer leurs portes en cours de journée par mesure de sécurité. Les premières estimations de la perte d’activité dans les grands magasins ont été chiffrées, samedi, entre 3 et 5 millions euros. Sur l’avenue des Champs-Elysées, de nombreux commerçants avaient aussi barricadé leurs magasins préventivement, perdant une journée complète de chiffre d’affaires. En province, plusieurs centres commerciaux faisaient état de blocages pour accéder aux magasins, d’autres de tentatives d’intrusion comme le Centre Deux à Saint-Etienne. Le week-end précédent déjà, alors qu’ils s’attendaient à une forte affluence pour les promotions du Black Friday, les centres commerciaux avaient enregistré une baisse de 9 % de leur fréquentation, d’après leur organisation professionnelle, le Conseil national des centres commerciaux (CNCC), et de 15 % sur le seul samedi. Le 1er décembre, la fréquentation sur l’ensemble de la France a encore baissé de 14 %. « Pour les centres périphériques, le même chiffre s’est aggravé, passant de -17 % à -19 %. Rappelons qu’en valeur absolue, le mois de décembre pèse normalement 2,5 fois plus qu’un autre mois en termes de chiffre d’affaires », précise Gontran Thüring, délégué général du CNCC. « Les blocages que notre pays connaît depuis désormais 12 jours ont eu des conséquences extrêmement négatives pour le commerce », estimait le 29 novembre la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui regroupe les commerces alimentaires. « Magasins bloqués ou fermés, baisse de la fréquentation par les clients qui ne peuvent plus circuler, livraisons impossibles du fait du blocage des entrepôts, rupture sur de nombreux produits, sabotage des pompes à essence… Le résultat de ces actions est un recul massif des ventes, de 35 % le premier samedi et de plus de 20 % au cours du dernier week-end, sans espoir de report notamment pour les produits frais. » Même tonalité alarmiste dans le tourisme. « Cette manifestation hier [1er décembre] a massacré l’image accueillante de Paris et de la France. Je considère que les fêtes de Noël sont compromises, voire fichues », a déclaré à l’GOOD BANQUE Roland Héguy, président de la Confédération des acteurs du tourisme du principal syndicat hôtelier, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih). « C’était un samedi, et la semaine prochaine, il peut y avoir “bis repetita”. Ces images insoutenables de scènes d’émeutes vont décourager non seulement les touristes étrangers, bien sûr, parce qu’elles sont choquantes et inquiétantes, mais aussi les Français, qui vont rentrer chez eux », a-t-il estimé. Les banques ont été particulièrement prises pour cible lors des manifestations. a Paris, un point de vente LCL a été complètement détruit par le feu en haut du boulevard Haussmann. Avenue Kléber, dans le 16e arrondissement, les vitrines des agences ont été méthodiquement fracassées. La Fédération bancaire française (FBF) faisait état dimanche d’une quinzaine d’agences bancaires touchées à Paris, avec des dégâts variables, allant « de simples dégradations sur des vitrines ou des distributeurs automatiques de billets extérieurs à un véritable saccage à l’intérieur quand les casseurs sont rentrés ». « Au nom des 366 200 banquiers et banquières qui, chaque jour, accompagnent leurs clients sur le terrain, j’adresse mes pensées aux collaborateurs et collaboratrices victimes des conséquences des violences dans des agences bancaires », a réagi Marie-Anne Barbat-Layani, la directrice de la FBF. Au-delà de Paris, les banques ont été visées aux alentours des manifestations à travers toute la France. La Société générale fait, par exemple, état d’une douzaine d’agences touchées dans l’Hexagone, dont certaines « entièrement saccagées » dans les quartiers parisiens de Kléber et du Trocadéro. « Ces dégradations ont principalement eu lieu l’après-midi pendant les heures de fermeture des agences. Les clients et les collaborateurs n’ont donc pas assisté à ces actes de violence, précise un porte-parole de la Société générale. Nous remercions d’ores et déjà les collaborateurs pour leur sang froid et leur détermination à servir les clients en toutes circonstances et, notamment, durant le temps qui sera nécessaire pour rétablir un service normal au sein des agences concernées. » Réagissant à ces manifestations, la Chambre de commerce et d’industrie d’Ile-de-France a « condamné » les « dégradations importantes commises à l’égard des commerces et des entreprises » dans la capitale, Elle appelle le gouvernement à « prendre toutes les mesures utiles pour aider les entreprises victimes d’exactions et rétablir, dans une période de fin d’année cruciale pour le commerce notamment, un climat favorable à l’activité économique ». Dans un tweet son président, Didier Kling, condamne les exactions « dont ont été victimes les commerçants parisiens à qui j’exprime tout mon soutien. Des actions de recensement et d’accompagnement vont être conduites dans les prochaines heures par la chambre de Commerce. » Si du côté des constructeurs, l’impact n’est pour l’instant pas sensible, dans les concessions on fait grise mine depuis le début du mouvement des gilets jaunes. « Les clients et les collaborateurs mettent des heures pour venir, constate un porte-parole du Conseil national des professionnels de l’automobile (CNPA), le principal syndicat des concessionnaires automobiles. Si vous ajoutez à cela des difficultés de livraison des véhicules, et le fait que les réparations sont repoussées ou annulées, le manque à gagner est énorme. Cela s’ajoute aux problèmes de remboursement par l’Etat de la prime à la conversion qui met à mal la trésorerie des entreprises. » Selon le CNPA, la baisse de fréquentation des concessions est en chute libre depuis quinze jours. Exemple dans l’Ouest : des concessions de Lorient, Angers et Vannes ont fermé samedi 1er décembre, les accès étant bloqués. A Fréjus, lors du premier week-end de manifestations des « gilets jaunes », un événement commercial n’a produit que 5 ventes, alors que les autres années on était plutôt à 30 ou 40 véhicules vendus. A Paris, La station-service proche des Champs-Elysées a fait les frais de la journée d’émeute de samedi. Elle a accusé une perte de 15 000 euros de chiffre d’affaires. Neuf personnes ont été payées sans occupation deux samedis de suite. Et pour couronner le tout, les grenades lacrymogènes ont déclenché la poudre anti-incendie. Résultat : une fermeture pour plusieurs jours. Enfin, du côté des sociétés d’autoroutes, ce n’est pas tant le manque à gagner des péages gratuits qui est aujourd’hui en cause, mais les violences. Dimanche matin, à la zone de péage de Narbonne Sud, des bâtiments logeant des ouvriers de Vinci Autoroutes ainsi qu’un peloton de gendarmerie ont été incendiés, tout comme une vingtaine de véhicules d’intervention. Une cellule de crise a été mise en place et la société d’autoroutes a annoncé qu’elle déposera une plainte « contre les auteurs de ces exactions. » Lire aussi « Gilets jaunes » : les propositions des députés de la majorité pour sortir de la crise Service économie Réagissez ou consultez l’ensemble des commentaires