Collaborer pour accélérer l’innovation

La plupart des assureurs demeurent à l’affût des développements dans le domaine des fintech et des assurtech. [Photo: 123RF]

L’industrie de l’assurance, considérée jusqu’à récemment comme un secteur plutôt vieillot, est en pleine mutation numérique et ses joueurs misent aujourd’hui sur l’innovation technologique pour se démarquer.

Ainsi, dès 2011, Industrielle Alliance a été la première entreprise au Canada à proposer un produit — Mobiliz.ca — dont la tarification est liée aux comportements du conducteur et qui est supportée par la télématique, comme l’a rappelé Yvon Charest, président et chef de la direction d’IA Groupe financier, alors qu’il agissait comme président d’honneur de l’édition 2016 du Forum FinTech Canada, à Montréal. Desjardins, pour sa part, a lancé son programme Ajusto en 2013.

Plus récemment, en 2016, Manuvie a adopté la biométrie vocale afin notamment de sécuriser et accélérer l’accès aux compte-clients. Ce système a été développé sur mesure pour Manuvie aux installations de Montréal de la firme multinationale Nuance. Mobiliz.ca a pour sa part été développé dans le cadre d’un partenariat entre Baseline Telematics, de Québec, et Industielle Alliance, tandis que Desjardins, pour créer Ajusto, a bénéficié de l’expertise de la firme Montréalaise iMétrik.

Voir les opportunités

Bien que les exemples de partenariats entre les grands joueurs établis et les firmes technologiques se soient multipliées au cours des dernières années, Patrick Raimondi, directeur général, Services financiers chez Accenture Canada, croît que « les assureurs demeurent relativement conservateurs et que, si plusieurs joueurs commencent à examiner la situation avec une plus grande attention et à voir les opportunités, nous sommes encore dans une phase d’exploration en matière d’adoption des technologies ».

Cette situation s’explique peut-être par le fait que « dans la course à l’innovation et à l’adoption de nouvelles technologies, le secteur de l’assurance fait face à de nombreux obstacles et concurrents. L’analyse de données offre des possibilités qu’il faut concilier avec la cybersécurité, tout comme l’ardeur à vouloir damer le pion à la concurrence dans la course à l’innovation est freinée par les obstacles que sont la réglementation et la conformité », relève le Rapport du cinquième sondage annuel sur les occasions et les risques dans le secteur de l’assurance au Canada publié par KPMG en février 2018.

À l’instar de différents assureurs interrogés, SSQ Assurance confirme demeurer à l’affût des développements dans le domaine des fintech et des assurtech. « Au lieu de percevoir ces petites compagnies qui misent sur la technologie comme des menaces potentielles, SSQ Assurance les analyse avec intérêt puisque certaines d’entre elles pourraient développer des offres complémentaires à nos produits et services et nous permettre d’augmenter notre agilité. Des occasions d’affaires pourraient ainsi se présenter afin de servir encore mieux notre clientèle », indique Michel Loranger, premier vice-président – Technologies de l’information, chez SSQ Assurance. La force transformatrice de l’IA

Impact de l’IA

La mise en place de partenariats entre les acteurs historiques de l’industrie et les firmes de technologie financière pourrait toutefois être facilitée par la vitalité qui caractérise actuellement l’écosystème fintech montréalais.

Rappelons que le gouvernement du Québec a mandaté Finance Montréal afin de mettre en place un pôle fintech à Montréal. L’organisme a pour sa part demandé à KPMG d’étudier l’impact de l’intelligence artificielle (IA) dans les services financiers et de déterminer de quelle façon Montréal pouvait capitaliser sur son leadership dans le domaine afin de renforcer la position du secteur.

Dans son rapport publié en novembre 2017, KPMG rappelle d’abord les nombreux cas d’application de l’IA dans le secteur des services financiers. Plus précisément dans le sous-secteur de l’assurance, KPMG évoque par exemple l’automatisation du traitement des réclamations via une lecture numérique de la documentation, une analyse des profils de risque plus précise grâce à des données sur les habitudes et caractéristiques des clients, de même qu’un calcul automatique des remboursements aux indemnisés.

KPMG souligne aussi que l’IA attire l’attention des principaux acteurs du secteur des services financiers à Montréal. Le rapport cite en exemple Desjardins et la Banque Nationale, qui « financent notamment l’Institut de valorisation des données (IVADO) en échange du développement d’applications ». On évoque aussi l’implication en IA d’Intact Assurance, le plus grand assureur au Canada, qui a établi son centre d’excellence en données massives et IA à Montréal, l’Intact Data Lab.

Dans son portrait de l’écosystème montréalais, KPMG, en décrivant le secteur québécois des services financiers, écrit : « autant les sous-secteurs bancaires, de l’assurance que celui de la gestion d’actifs, sont composés d’une masse critique de joueurs diversifiés, permettant à toute jeune pousse locale [les startups] ayant un produit attrayant de trouver un partenaire montréalais pour un banc d’essai ».

Le rapport souligne par ailleurs que Montréal est caractérisé « par un écosystème d’incubateurs et de fonds de capitaux de risque foisonnant », et évoque une dizaine d’incubateurs pouvant appuyer le démarrage de jeunes pousses technologiques. Parmi elles, Diagram, dont le président du conseil est Paul Desmarais III, est une plateforme de lancement pour entreprises spécialisées dans les domaines de l’assurance, des services financiers et des soins de santé.

Jay Ferst, directeur associé de Ferst Capital Partners, est d’avis que si « les grandes compagnies d’assurance ont mis du temps à adopter de nouvelles technologies — ce qui a ralenti la progression des assurtechs — des partenariats se développent aujourd’hui de manière plus régulière et que cette tendance tend à s’accélérer ».

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