Toyota : réduction des coûts bénéfique mais drastique

La politique de réduction des coûts menée de pied ferme par Toyota s’avère on ne peut plus bénéfique ! Le bénéfice trimestriel du constructeur  a ainsi bondi de 43%. Une performance due également à une baisse des dépenses commerciales et la diminution des frais de garantie compensant les fluctuations défavorables du taux de change.

Bénéfice en nette hausse mais faible progression des revenus

Le bénéfice d’exploitation s’est ainsi élevé à 629,6 milliards de yens (5,93 milliards de dollars) au quatrième trimestre clos le 31 mars, tandis que le bénéfice net a progressé de 21% à 480,8 milliards de yens (4,53 milliards de dollars).

Parallèlement, les revenus ont augmenté de 1,9% à 7,58 milliards de yens (71,36 milliards de dollars). Les ventes au détail au niveau mondial ont progressé de 2,2% pour atteindre 2,6 millions de véhicules au cours de la période de janvier à mars, y compris les résultats de sa filiale Daihatsu et de sa filiale camions Hino.

Récapitulons : un bénéfice en hausse de 21 % par rapport à une maigre progression des revenus – inférieure à 2 % – c’est donc grâce à une politique drastique que les comptes Toyota peuvent afficher un vert resplendissant ! Une belle performance certes … mais qui ne devrait pas masquer des difficultés commerciales.

Contrôle massif des dépenses

Pour rappel, en mai 2017, le président Akio Toyoda avait averti que Toyota se dirigeait vers une deuxième année de baisse des bénéfices. Il avait alors ordonné des contrôles massifs des dépenses pour éviter qu’une telle contre-performance ne perdure.

En annonçant les résultats financiers le 9 mai dernier, le vice-président exécutif et directeur financier de Toyota, Koji Kobayashi a lui-même reconnu que le contrôle des coûts à l’échelle de l’entreprise et les restrictions sur les dépenses promotionnelles et marketing expliquaient en grande partie la hausse des bénéfices trimestriels.

Les résultats ont également été dopés par les 145 milliards de yens (1,37 milliard de dollars) économisés grâce à des dépenses moindres liées au domaine qualité, telles que le rappel d’airbags Takata défectueux.

Les taux de change auront également pesé sur les bénéfices du quatrième trimestre du constructeur. L’appréciation du yen japonais par rapport au dollar américain et à d’autres monnaies aura ainsi fait chuter les bénéfices trimestriels de 30 milliards de yens (282,4 millions de dollars). Une somme toutefois compensée par une réduction des coûts de 30 milliards de yens (282,4 millions de dollars) dans le domaine. Une diminution des frais de garantie compensant ces fluctuations défavorables du taux de change.

L’Amérique du Nord à la peine avec une faible marge

Reste que tout n’est pas vert pour autant pour Toyota. L’Amérique du Nord a ainsi enregistré une perte d’exploitation de 38,8 milliards de yens (365,3 millions de dollars) entre janvier et mars. Certes une meilleure performance que la perte de 70,7 milliards (665,6 millions de dollars) enregistrée l’année précédente, mais sur lequel il convient d’être attentif alors que la région constitue traditionnellement la vache à lait de Toyota. Or, l’Amérique du Nord affecte désormais ses résultats.

Autre source d’inquiétudes : la marge d’exploitation nord-américaine n’enregistrait encore qu’un maigre 1,3% pour l’ensemble de l’année fiscale s’achevant le 31 mars. Kobayashi a déclaré à cet égard que Toyota souhaitait faire évoluer ce chiffre à 8% d’ici 2020.

En vue de rassurer les investisseurs, Koji Kobayashi a tenu à préciser que le Responsable concurrence, Didier Leroy, et le PDG Amérique du Nord, Jim Lentz, travaillaient sur un plan visant à consolider les profits en Amérique du Nord, le plus grand marché de Toyota.

Des ventes en déclin en Amérique du Nord

Le volume global des ventes en Amérique du Nord a diminué de 2,5% pour atteindre 675 000 véhicules au cours du trimestre.

Aux États-Unis, Toyota a été confronté à un flot de véhicules en fin de leasing, à une croissance des mesures incitatives et à une ruée de consommateurs vers les pick-ups, boudant quelque peu les véhicules de tourisme plus classiques.

Les voitures ont ainsi représenté seulement 32% du total des ventes aux États-Unis au cours des trois premiers mois de l’année ….

Néanmoins, au niveau de Toyota Motor Sales U.S.A. – qui couvre les ventes des marques Toyota et Lexus – les voitures ont représenté 40% du mix. En vue de soutenir les marges, le constructeur a dopé la production de light trucks,  tels que le Takoma  et le Tundra.

Si Toyota a pu restreindre les promotions sur certains modèles, comme la nouvelle Camry, les dépenses liées aux mesures incitatives de Toyota Motor Sales ont encore augmenté de 5,6% à 2 451 $ par véhicule au cours des trois premiers mois de 2018, selon les données de Motor Intelligence Corp.

Cette progression est en phase avec la hausse de 5,8% de l’ensemble de l’industrie automobile, néanmoins la dépense moyenne de Toyota reste inférieure à la moyenne de l’industrie de 3 746 $ par véhicule.

Une bataille à la vie à la mort selon Toyoda

S’exprimant lors de l’annonce des résultats, le président Akio Toyoda a déclaré pour sa part que l’industrie automobile était à un tournant. Parmi sa principale inquiétude : le risque que les constructeurs traditionnels soient dépassés par les nouveaux venus issus de Chine, de la Silicon Valley et du secteur de la haute technologie.

« Face à nos rivaux et des règles de concurrence en plein mutation, une bataille à la vie, à la mort s’est engagée dans un monde rempli d’inconnu », a ainsi déclaré Toyoda, petit-fils du fondateur du constructeur. Il redoute tout particulièrement « les entreprises technologiques – les nouveaux rivaux de Toyota – dotés d’une réactivité plusieurs fois supérieure au constructeur, soutenue par un financement abondant, et qui continuent d’investir de manière agressive dans les nouvelles technologies. »

M. Toyoda a déclaré que l’entreprise devait redoubler d’efforts pour réduire ses coûts et dégager davantage de profits dans les nouveaux domaines en expansion de la conduite autonome, des véhicules électriques et de la connectivité.

Redoubler d’efforts en terme de réduction des coûts

Afin de permettre de tels investissements, M. Toyoda a déclaré que l’entreprise se devait de redoubler d’efforts pour maintenir ses coûts et innover en déployant son système de production au-delà des usines d’assemblage mais également dans les bureaux et les centres de R & D.

« La notion de coûts opérationnels élevés apparaît comme un problème à résoudre », a averti M. Toyoda. Ajoutant : « ce qui était la norme a cessé de l’être. Cette prise de conscience a conduit à un nouveau départ ». Précisant que « sur tous les sites de l’entreprise, un appel à l’action avait été émis en pour revoir fondamentalement les coûts fixes. « 

Sources : Automotive News, Toyota,  Motor Intelligence Corp

Crédit Illustration  : Toyota

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