La politique américaine contre l’économie l’Allemande ?

En retirant les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, dont-il en avait fait une promesse de campagne, Donald Trump a réaffirmé que lorsqu’il faisait des promesses, il les tenait. Au delà de l’accord à proprement dit, le gouvernement américain a directement menacé l’Allemagne, via son ambassadeur à Berlin, Richard Grenell, qui a déclaré sur Twitter que « les entreprises allemandes faisant des affaires en Iran devraient cesser leurs opérations immédiatement. »

Une déclaration qui n’est pas sans rappeler celle de M Trump quelques mois après son élection : « Les États-Unis ont un énorme déficit commercial avec l’Allemagne. Ça va changer. » avait alors annoncé le président américain. L’annonce récente de ce dernier menaçant d’augmenter de 25% les taxes sur l’acier et 10% sur l’aluminium, notamment en provenance de l’Union européenne -UE-, est un moyen d’y parvenir.

Les États-Unis, première destination des exportations allemandes

En déclarant vouloir taxer l’aluminium et l’acier en provenance de l’UE, Donald Trump n’a certes pas surpris grand monde, mais a inquiété outre Atlantique, et plus particulièrement en Allemagne. Il faut dire que les exportations allemandes aux États-Unis ont cru de manière spectaculaire.  Sur les neuf premiers mois de l’année 2016, les Etats-Unis avaient importé pour 85,5 milliards d’euros de produits allemands, 39 milliards en biens d’équipement (machines-outils…) et 32,1 milliards d’automobiles. Un montant en hausse de 20,9%, précisent les données de Destatis, l’institut fédéral de la statistique, compilées à la demande de Informations entreprises.

À la fin de l’année 2016 le déficit américain vis à vis de son partenaire germanique s’était établi à 67,7 milliards de dollars. Un résultat jugé « très mauvais » par le président américain.

Dès lors, la volonté de ce dernier d’instaurer « pour chaque voiture qui arrive aux Etats-Unis une taxe de 35% » s’inscrit dans la logique qui a été la sienne depuis la présidentielle : protéger l’industrie américaine et satisfaire ainsi les salariés de ces mêmes entreprises, qui sont pour la majorité d’entre eux, ses électeurs. À l’heure actuelle, dans le secteur de l’automobile, l’UE applique 10% de taxes douanières sur les voitures américaines, contre 2,5% dans le sens inverse.

La menace de sanctions américaines en Iran sur les produits allemands, un nouveau coup dur après la Russie

Bien que les exportations allemandes en direction de l’Iran ne représentaient que 2,9 milliards d’euros l’année dernière, elles étaient en nette progression par rapport à 2016 (+26%), notait Volker Treier, économiste à la Chambre de commerce et d’industrie (DIHK) allemande en 2017. M Treier espérait atteindre 5 milliards d’euros d’ici la fin 2018. Si pour l’heure les industriels français, Total et PSA en tête, semblent être les plus touchés par les sanctions américaines, les industriels allemands pourraient l’être également à l’instar de la compagnie d’énergie Wintershell qui doit exploiter un champ pétrolier à l’Ouest de Dezful. L’industriel Volkswagen devait également faire son retour sur le marché automobile iranien alors que la compagnie aérienne Lufhtansa avait reppris des vols directs vers Téhéran, qu’elle devra cesser si elle veut continuer à opérer des vols librement outre Atlantique.

Une volonté « d’imposer le plus haut niveau de sanction économiques » à l’égard de ceux qui voudraient commercer avec l’Iran a annoncé Donald Trump. Une décision qui fait suite aux nouvelles sanctions américaines contre la Russie en avril dernier. Là encore, l’Allemagne est l’État le plus impacté par les sanctions américaines. Selon une étude du Kiel Institute for the world economy les pertes économiques pour les entreprises allemandes en Russie sont estimées à 23,22 milliards de dollars depuis 2014, soit une baisse de 27% par rapport à ce qui était prédit. Tandis que, dans le même temps, les échanges entre les États-Unis et la Russie ne baissaient que de 0.6%.

L’Allemagne exhorte les États-Unis à être « plus compétitifs »

Jusqu’à présent, seule l’exe ministre de l’économie allemande Brigitte Zypries avait répondu aux menaces de Donald Trump de taxer l’aluminium et l’acier en provenance de l’UE « notre opinion est que l’économie américaine doit, avant tout, devenir plus compétitive et exporter davantage », avait assuré la ministre. Mais pour Peter Navarro, nommé en janvier 2017 à la tête d’un nouveau Conseil du commerce à la Maison Blanche, l’Allemagne utilise un euro « largement sous-évalué » pour « exploiter » ses principaux partenaires commerciaux, dont les Etats-Unis. Un point de vue que confirme Jörg Krämer, chef économiste de Commerzbank, pour qui « La croissance des exportations bénéficie vraiment de la dépréciation de l’euro. C’est la raison pour laquelle les exportations vers les Etats-Unis augmentent nettement ».

L’euro étant passé de 1,07 dollar en janvier 2017 à 1,19 à l’heure actuelle, les exportations européennes (allemandes en tête) à destination des États-Unis devraient s’infléchire quelque peu. Cette hausse a quelque peu calmé les ardeurs de Donald Trump, qui a pour l’heure consenti à exempter de ces taxes plusieurs pays « amis » : l’Australie, l’Argentine, le Brésil, la Corée du Sud et l’Union européenne.

Les allemands ont également de forts moyens de pression à faire valoir. L’Allemagne un des principaux pourvoyeurs d’investissements directs aux Etats-Unis (255,5 milliards de dollars en 2015) où ses entreprises et leurs filiales américaines emploient quelque 677.000 personnes note Laurent Marchand, de Ouest-France. M Marchand, rappelant que la plus grande usine du géant BMW dans le monde se trouve ainsi non pas en Allemagne mais… en Caroline du Sud dans la ville de Spartanburg, dans le sud-est des Etats-Unis.

Si pour l’heure, seule la Chine est directement touchée par la hausse des droits de douanes sur l’acier et l’aluminium, un nouveau déficit abyssal des États-Unis vis à vis de l’Allemagne pourrait voir la Maison Blanche utiliser l’article 232 de l’OMC -Organisation Mondiale du Commerce- qui l’autorise à limiter l’importation de certains produits pour protéger la sécurité nationale.

Du côté allemand, les nombreux et potentiels coups de boutoir des États-Unis à leur encontre arrivent au moment où les syndicats ont obtenu une hausse de leur salaire et une baisse du temps de travail de 35h à 28h par semaine. Un changement de décision de Donald Trump sur la taxacier de l’acier pourrait avoir des conséquences non négligeables sur l’Allemagne et… sur l’Europe.

Amoureux de ma Bretagne et des Balkans.

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