La hausse du dollar présente un risque pour la dette, alerte Moody’s

Moody’s estime, dans une analyse relayée hier par le Financial Times, que le renforcement du dollar par rapport aux autres devises fait peser un risque « considérable » sur l’endettement de plusieurs pays émergents, dont le Liban.
L’agence de notation américaine précise que les pays qui émettent des titres de dette à court terme et dont les notes souveraines sont basses seront les plus affectés par une hausse lente des taux d’intérêt (sur le dollar) ou un « choc sévère. » Outre le Liban, des pays comme Bahreïn, l’Égypte ou encore la Jordanie sont dans ce cas de figure.
Moody’s a dégradé, en août dernier, la notation souveraine du Liban de B2 à B3 avec perspective « stable », s’alignant ainsi sur les évaluations de Standard & Poor’s et Fitch (B- ; « stable » ). Les trois agences exhortent régulièrement le pays à réformer ses institutions – un credo également soutenu par plusieurs organisations internationales. Mais aucune d’entre elles n’a toutefois dégradé la notation libanaise après la crise politique et financière de novembre 2017, provoquée par la démission avortée du Premier ministre sortant, Saad Hariri, sur fonds de tensions régionales.
La situation financière du Liban reste précaire. Le pays vient de renouveler son Parlement et doit s’empresser de former un gouvernement pour lancer les réformes réclamées par ses soutiens en échange de 11,6 milliards de dollars en prêts et dons qu’ils prévoient de débloquer depuis la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises (CEDRE), le 6 avril, pour réhabiliter les infrastructures du pays (voir encadré).

Baisse des prix eurobonds
Le dollar gagne régulièrement du terrain face à l’euro et les autres principales devises depuis la mi-avril, tandis que la Réserve fédérale américaine prévoit de relever ses taux d’intérêt à trois reprises cette année. La première hausse, d’un quart de point de pourcentage, a eu lieu en mars, faisant évoluer les taux entre 1,50 % à 1,75 % actuellement.
La hausse des taux directeurs d’une devise augmente la rémunération des avoirs libellés dans la monnaie concernée et a généralement un impact positif sur sa valeur sur le marché des changes. Mais cela a également pour effet secondaire d’augmenter l’endettement des pays émergents dont une importante partie de la dette est libellée en dollar. C’est le cas de la dette publique du Liban, estimée à plus de 80 milliards de dollars et dont plus du tiers est libellé en devises.
La situation est d’autant plus délicate pour le Liban que les cours des eurobonds – les titres de dettes en devises émises par le pays – sont sous pression. Après avoir dévissé jeudi dernier avant de se stabiliser au bout de 24 heures après que le président américain Donald Trump a annoncé son intention de sortir de l’accord sur le nucléaire iranien et de réimposer des sanctions à Téhéran, les prix des eurobonds libanais ont à nouveau reculé hier, selon Informations entreprises. Le cours des eurobonds arrivant à maturité en 2022 a, par exemple, atteint un niveau proche de celui de novembre 2017, entre autres. Informations entreprises lie ce phénomène à la dégradation de la situation sécuritaire dans la bande Gaza (voir page 6) et au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien.
Mais la baisse des cours des eurobonds pourrait être aussi accentuée par « des manœuvres spéculatives », estime une source financière anonyme. « Certains gros détenteurs de titres peuvent artificiellement faire baisser les prix pour augmenter leurs marges. C’est interdit, mais des manœuvres sont possibles », précise-t-elle.

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