Québec veut favoriser les crypto-entrepreneurs d’ici

Philippe Couillard à l’Assemblée nationale (PLQ)

Forcé d’embrasser l’innovation de la blockchain et du minage qui l’accompagne, le premier ministre québécois ne veut pas succomber à des parasites énergétiques, encore moins des exotiques.

Pour éviter les fausses notes lors d’interventions publiques, un homme politique se mue en chef d’orchestre: il suit sa composition à la ligne, des parties les plus aigües aux plus graves. Au risque que son discours, une fois réglé comme du papier à musique, devienne une ritournelle en attente de nouveaux ajustements.

 Sur la thématique des cryptomonnaies, certains acteurs du secteur québécois en viennent ainsi à souffrir de bourdonnements d’oreilles. À force d’écouter les refrains psalmodiés par les membres du gouvernement sur le charme de la blockchain, la vénalité des entrepreneurs et les ravages énergétiques des mineurs, ça siffle.

Surtout que ces chants rompent l’harmonie avec la gestion des ressources du producteur d’électricité, qui déborde littéralement d’énergie (obligé par Québec d’acheter au prix fort de l’éolien pour respecter une politique de développement régional tandis que ses barrages se retrouvent submergés).

À l’instant de partager avec vous ces considérations, le gouvernement Couillard n’avait vraisemblablement toujours pas permis à Hydro-Québec de présenter de nouvelles normes commerciales aux mineurs de jetons numériques.

Afin d’éviter un solo de pipeau ou un morceau de langue de bois parfois réservé aux médias, on a jeté un œil sur l’actualité parlementaire histoire de vérifier si un(e) député(e) n’avait pas déjà interrogé le premier ministre à ce sujet. Entre mandataires, on pourrait espérer, sinon un peu plus de précisions, à tout le moins du franc-parler.

Heureux hasard, le libéral Patrick Huot a récemment interpellé son coreligionnaire en Commission des institutions.

«Le Québec a pris un certain pas de recul pour ne pas dire: Oui, venez-vous-en tout de suite, on veut accueillir tout le monde qui fait du mining! Il y a un certain bilan à tracer des actions gouvernementales qui ont été faites en termes de numérique, autres avec l’intelligence artificielle. Mais spécifiquement sur l’enjeu du mining et de l’électricité au Québec, on va devoir se positionner pour l’avenir», a énoncé le député de Vanier-Les Rivières en direction de Philippe Couillard.

Convenant de l’étendue du sujet «très rébarbatif au début» et du peu de temps dont ils disposaient pour en discuter, le premier ministre québécois a évoqué la double problématique que posaient les activités de minage: le problème de l’énergie et celui de la valeur ajoutée pour notre économie.

«En fait, et la question de l’énergie et la valeur ajoutée sont liées. Notre gouvernement devrait présenter bientôt une proposition ou une politique qui guidera les décisions qu’on prend pour accueillir les investisseurs ou les entreprises qui veulent s’installer au Québec», a vaguement brossé comme tableau Philippe Couillard.

Le chef de gouvernement ne veut pas que la province sombre dans la caricature des sangsues économiques qui viendraient simplement installer leurs machines à sous énergivores sur le réseau d’Hydro-Québec.

«Un hangar dans lequel il y a des serveurs, et quelqu’un rentre le matin pour mettre l’interrupteur à ‘on’ et c’est tout ce que ça fait pour l’économie du Québec, je ne vois pas beaucoup d’avantages», a-t-il répété, paraphrasant son approche partagée quelques mois plus tôt devant le forum des Jeunes chambres de commerce québécoises.  

Philippe Couillard constate cependant que des institutions financières ont commencé à introduire ou prévoient d’introduire la chaîne de blocs dans leurs procédés. Citons par exemple la Banque Royale qui veut rendre plus transparent et efficace le pointage de crédit via une nouvelle plateforme basée sur le chaînage de données.

«Cette technologie-là a de l’avenir. Et si on veut la maîtriser au Québec, si on veut en profiter, il faut trouver une façon de l’intégrer», reconnaît le premier ministre.

Un constat qu’on lui aurait volontiers fait depuis longtemps au BlockHouse, le centre d’excellence montréalais consacré à la blockchainà la cryptographie appliquée et aux technologies distribuées, inauguré officiellement ce jeudi par le cabinet Raymond Chabot Grant Thornton.

Car pouvoir distinguer dans les propositions d’entreprises un moyen d’accélérer le progrès technologique au pays d’une simple stratégie géographique d’optimisation des coûts de production se révèle complexe.

«Ce n’est pas simple, parce qu’on ne peut pas tracer au couteau la limite entre les deux. Et chaque fois ça va être une décision individuelle, mais je pense que le Québec ne peut pas fermer la porte à double tour à cette technologie-là», insiste Philippe Couillard, qui plaide pour une approche logique et équilibrée.

Cela fait ainsi deux mois que le gouvernement québécois doit «bientôt» proposer à travers le ministère de l’Énergie une façon de ne pas brider l’innovation blockchain, de ne pas priver Hydro-Québec d’occasions d’affaires et de ne plus faire fuir les meilleurs joueurs de la cryptoaprès l’évasion d’Ethereum il y a quelques années, génée par le brouillard réglementaire canadien.

«Si on ouvre la porte à certaines propositions, d’abord, que ce soit le plus possible des entreprises du Québec qui en bénéficient —il y en a quelques-unes déjà au Québec— mais également que l’équilibre entre la valeur ajoutée de notre économie et la quantité d’énergie consommée soit précisé», a-t-il ponctué.

 

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