Stratégie : le lobbying s’avère aussi utile pour les PME

Dessous-de-table, trafic d’influence, officines… L’image du lobbying reste encore souvent sulfureuse. « C’est presque un gros mot », s’étonne Thierry Wellhoff, président de l’agence de communication Wellcom, qui compte une branche « affaires publiques. » Pourtant, depuis plusieurs années, entre la professionnalisation du secteur et un encadrement législatif plus strict, « on va vers une normalisation des perceptions », estime Sébastien Duplan, chargé des relations avec les institutions pour Syntec Numérique. Au fond, qu’entend-on par lobbying ? « Les affaires publiques consistent à entretenir des relations de bonne intelligence avec les milieux de pouvoir ; il s’agit de connaître et d’être connu, dans une logique préventive, explique Thierry Wellhoff. Lorsqu’on agit avec un objectif précis, on parle de lobbying. »

Une variété d’actions est possible, y compris pour les PME. « Le lobbying n’est pas réservé aux grands groupes, précise Sébastien Duplan. Il est au contraire vital pour les petites entreprises qui portent une innovation disruptive du marché. »

Le recours possible à un lobbyiste

« Il faut déterminer la bonne stratégie en fonction de l’effet qu’on souhaite avoir et du temps dont on dispose », témoigne Jean-François Faure. Le président de VeraCash et AuCoffre.com (plate-forme d’achat et de vente de pièces d’or) a ainsi mené une première action de lobbying il y a cinq ans, pour essayer de faire évoluer la présentation de la cotation de l’or par la Banque de France. « Nous sommes passés par un lobbyiste, qui nous a aidés à produire les bons documents et à identifier la posture à adopter pour approcher des députés et sénateurs », explique-t-il. Peu de temps après, la Banque de France a procédé à une modification de la cotation.

Fin 2016, à l’approche des présidentielles, le patron bordelais décide de créer un think-tank consacré aux monnaies complémentaires. « C’était le bon timing, le législateur a pu nourrir sa culture sur le sujet et nos travaux ont été repris par les médias », raconte-t-il. Comme souvent, le lobbying est « gagnant-gagnant ». Mais jamais de manière directe ou partisane.

Les réseaux sociaux, l’autre arme des PME

Les PME disposent aujourd’hui d’un outil qui n’existait pas il y a vingt ans : les réseaux sociaux, arme d’influence massive de l’opinion. En 2004, Thierry Logre, dirigeant des laboratoires Phyt’s, cherchait à faire reconnaître des normes en matière de cosmétique bio. Il a réuni neuf autres laboratoires, un organisme certificateur, et créé une association, Cosmébio, avec un objectif : faire accepter un cahier des charges par le ministère de l’Industrie.

Aujourd’hui, il bataille contre la nouvelle norme ISO 16 128, qu’il estime trop laxiste sur le sujet. « Les réseaux sociaux sont devenus le premier canal pour faire entendre notre différence », explique-t-il. Ce qui ne l’empêche pas de recourir aux moyens plus classiques : rencontres avec les élus locaux… et les journalistes ! Un travail d’explication long mais qu’il estime indispensable pour faire entendre sa cause, objectif final du lobbying.

Vers plus de transparence

La loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique (dite loi Sapin II) encadre davantage le lobbying. Elle met en place un registre sur lequel les « représentants d’intérêts » doivent s’enregistrer. Au 3 janvier 2018, seulement 816 d’entre eux s’étaient inscrits… Beaucoup moins que chez nos voisins européens. A compter du 1er juillet 2018, les obligations déclaratives sont étendues aux activités de lobbying auprès des exécutifs locaux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *