Pourquoi Mario Draghi, le patron de la BCE, joue (encore) la montre

« Che va piano va sano » (avancer doucement mais sûrement). En faisant sienne cette locution, la Banque centrale européenne joue la carte de la prudence alors que l’activité dans la zone euro donne quelques signes d’infléchissement. « Après plusieurs trimestres de croissance plus élevée que prévu, les informations disponibles depuis notre dernière réunion début mars semblent indiquer une certaine modération », observe le président de l’institution, Mario Draghi.

Du coup et comme prévu la BCE a annoncé le maintien au plus bas de ses taux directeurs. Tandis que les rachats nets de la dette publique et privée, baptisés « QE » (quantitative easing), vont se poursuivre à un rythme de 30 milliards d’euros mensuels jusqu’en septembre prochain, voire au-delà si nécessaire. « En réalité, Les membres du conseil de la BCE sont un peu coincés. Leur objectif d’inflation est de 2%. Or celle-ci tourne autour de 1,3% et elle n’a pas vraiment de raison de monter. Ils n’ont donc aucun argument pour augmenter les taux directeurs, maintenant comme dans les mois à venir », observe Philippe Waechter, économiste chez Ostrum AM. Mieux vaut donc pour la BCE attendre de voir si l’inflation remonte -enfin- et d’être rassurée sur la solidité et la durabilité de la croissance en Europe avant de bouger.

Taux négatifs sur les dépôts

Maintenir des taux d’intérêt bas présente aussi l’avantage de ne pas favoriser un renforcement de l’euro qui serait néfaste aux économies européennes. Surtout que dans le même temps, la remontée des taux de rendement américains tend à booster le dollar. Mais plus que l’inflation ou la croissance européenne c’est bel et bien le spectre du protectionnisme qui semble préoccuper les membres du conseil de la BCE.

«Les risques liés à des facteurs de nature mondiale, incluant les menaces d’une aggravation du protectionnisme, sont devenus plus importants», a alerté le patron de l’institution monétaire. Tandis que le gouvernement allemand avait fait savoir dans la matinée qu’il s’attendait à ce que Donald Trump impose ses droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens à compter du 1er mai, au lieu de reconduire l’exemption actuelle. Dans ce contexte incertain, il est fort peu probable que la BCE annonce un tour de vis monétaire. Au grand dam des grands gérants d’actifs qui n’ont d’autres choix que de proposer des rémunérations négatives sur les dépôts de leurs clients tant que la BCE rémunérera leurs propres liquidités à… -0,40%. Pas étonnant dans ces conditions que nombre d’entre eux s’évertuent à intoxiquer les marchés financiers en pronostiquant une hausse prochaine des taux directeurs de la BCE ! Mais leurs espoirs risquent d’être douchés.            

 

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