« Human Bomb, prise d’otages à la maternelle de Neuilly »

13 mai 1993 : Laurence Dreyfus – qui s’exprime ici pour la première fois – fait la classe aux élèves de l’école maternelle Commandant-Charcot, à Neuilly. Elle lève les yeux : « Human Bomb » vient d’entamer une prise d’otages qui va durer presque deux jours. Ce documentaire nous embarque au cœur de ces quarante-six heures grâce aux témoignages des gamins, des négociateurs du Raid ou du maire de Neuilly de l’époque, alors ministre du Budget, Nicolas Sarkozy. Pendant qu’une enquête ferme les pistes – l’homme entretient-il des liens avec une organisation terroriste ? -, Sarkozy affronte des parents obsédés par une même crainte : l’intervention de la police. Il entame aussitôt des négociations : « Il ne répondait pas, je commençais à monter en pression et à le bousculer », dit-il. Il fait pourtant évacuer des enfants un à un. Parmi les revendications de « H.B. » figure la somme de 100 millions de francs : Sarkozy réveille le gouverneur de la Banque de France. S’ensuit cette scène connue où « Human Bomb » se met à compter les billets en demandant le cours du mark.

Le documentaire revient sur le coup de bluff de Sarkozy qui, parce que le montant ne correspond pas aux exigences du preneur d’otages, fait mine de s’en prendre à la Banque de France. La décision du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, exaspéré de voir son collègue lui voler la vedette, de passer le relais au procureur de la République. Le dialogue établi par le procureur avec « H.B. » auquel on envisage de confier une arme à la condition qu’il abandonne sa ceinture d’explosifs. « Le problème, c’était de sortir les enfants, pas d’établir un dialogue. Je pensais qu’il allait y avoir des morts, j’ai écrit ma lettre de démission dans la nuit »souligne Sarkozy. Au terme de l’assaut, Erick Schmitt, 42 ans, est abattu. Traité d' »assassin de la République »le tireur doit quitter le service deux ans durant jusqu’au non-lieu. « La polémique m’a pourri la vie »confie-t-il. Marquée à jamais, Laurence Dreyfus change de métier. Dans une lettre, Schmitt écrit : « J’avais rêvé de jouer ma plus grosse mise, ma foutue vie, sur le tapis. »

Lundi 14 mai à 21h sur C8. Documentaire de Laurent Kouchner (2018). 2h00. 

Sophie Grassin

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