François Lenglet décrypte les « risques de l’aventure italienne »

Le Mouvement Cinq Étoiles – une sorte de cousin transalpin de la France insoumise – et la Ligue – qui s’apparenterait plutôt au Front National – se sont associés après des élections législatives qui leur avaient donné la plus grande part des suffrages. Ils travaillent à un programme commun pour diriger l’Italie.

Mercredi 16 mai, un document de travail a fuité dans le Huffington Post local. Un document daté du lundi 14 mai, avec quelques mesures détonantes : sortie de l’Union monétaire européenne, demande d’annulation de 250 milliards d’euros de la dette publique italienne par la Banque centrale européenne, revenu universel cofinancé par l’Europe… De véritables bombes.

La sortie de l’euro est marquée noir sur blanc dans le document de 39 pages qui a fuité, dont l’authenticité n’a pas été contestée. Mais en réalité, c’est pire que cela. Car dès la fuite, les responsables des deux partis ont expliqué que ce document n’était « pas la dernière version »et qu’ils avaient changé d’avis. Le lundi, ils étaient pour sortir de l’euro ; le mercredi, pour y rester.

C’est vrai que sur une question aussi secondaire que celle-là, il n’est pas interdit de changer d’avis en 48 heures. Ce document et l’aller-retour témoignent de l’incroyable impréparation et de l’amateurisme de ceux qui se préparent à diriger la troisième économie européenne.

Les marchés ne croient pas à la rupture

La bourse de Milan a un peu baissé, et les taux d’intérêt italiens, qui sont le baromètre du risque financier, ont monté à un niveau sans précédent depuis deux ans. Faisant dire aux responsables des deux partis qu’il s’agissait d’un « chantage des marchés financiers » et de « leurs complices »les responsables de Bruxelles.

« Je vois de la peur chez les eurocrates », a déclaré Luigi Di Maio, le patron de la Ligue, « mais ils ne me font pas peur ». Mais les marchés ne semblent pas croire vraiment à rupture, jusqu’ici au moins.

Ils espèrent que les nouveaux dirigeants italiens suivront le chemin grec, emprunté par Alexis Tsipras : des moulinets au début, et une soumission totale à Bruxelles par la suite. Pourtant, rien n’est moins sûr.

Les projets européens de Macron menacés

La première conséquence, elle est en France. L’aventure italienne porterait, si elle se confirme, un coup mortel aux projets européens d’Emmanuel Macron. Projets qui, il faut bien le dire, n’avaient déjà guère de chance d’être réalisés.

Il s’agissait de poursuivre la construction européenne, notamment avec un budget commun pour les pays de la Zone euro, et en désignant un ministre des Finances commun. Une forme de mutualisation budgétaire, réduite, mais qui terrifie déjà les Allemandsparce qu’ils redoutent comme d’habitude d’avoir à payer la note des dépenses publiques de leurs voisins qu’ils jugent inconsidérées.

Il y a de plus en plus d’anti-européens en Allemagne, et dans la majorité, et dans l’opposition d’extrême-droite (AfD). Or, la survenue des trublions italiens entretient et légitime même les craintes des extrémistes outre Rhin.

Ces deux formes d’opposition à l’euro – l’une qui voudrait moins d’austérité, en Italie ; l’autre qui en voudrait plus, en Allemagne – vont se renforcer mutuellement, prendre appui l’une sur l’autre pour se radicaliser. Et si même on oublie les projets de Macron, c’est toute la construction européenne que cet antagonisme pourrait faire basculer.

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