À Beit Beirut, un retour en images sur la guerre civile – Victoria PHILIPPE

En mars dernier, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a organisé avec le soutien de l’ambassade d’Allemagne un concours de photographie sur le thème de la guerre, appelant les participants à reconstruire le souvenir de la guerre civile et à le représenter à travers leurs lentilles et les photographies qui le rappellent. Quel objet, site ou personne représentent la guerre civile pour vous ? Quelle est votre vision de la mémoire et des vestiges de la guerre ? Telles étaient les questions posées par le PNUD aux participants, dans le cadre du concours photo organisé à l’occasion de la commémoration de la guerre civile, en avril dernier. Ce sont 22 photos reçues lors de cette compétition qui sont aujourd’hui présentées dans le cadre d’une exposition intitulée Nazra (Regard en arabe) à Beit Beirut, dans le quartier de Sodeco, un lieu authentique transformé en musée-symbole de la guerre civile libanaise.

L’importance de l’histoire orale
L’inauguration a eu lieu mardi soir en présence de Philippe Lazzarini, coordinateur spécial adjoint des Nations unies pour le Liban, et Michael Reuss, chef de mission adjoint à l’ambassade d’Allemagne. Dans leurs discours respectifs, les deux ont véhiculé le même message : « Une personne qui ne connaît pas son passé ne pourra pas avoir de futur. » Un message qu’ils ont souhaité faire passer aux Libanais, notamment aux jeunes générations.
Ils ont été suivis à la tribune par Mona Hallak, l’architecte à l’origine de la transformation de l’immeuble Bakarat en Beit Beirut. Elle a travaillé pendant des années pour sauver ce bâtiment emblématique et empêcher sa démolition. Nayla Hamadé, présidente de l’Association libanaise pour l’histoire (LAH), s’est ensuite exprimée sur « l’importance de l’histoire orale au Liban ». Maha Shuayb, directrice du Centre d’études libanaises, Nour Bejjani, représentant du CIJT (Centre international pour la justice transitionnelle) à Beyrouth, Wadad Halwani, chef du Comité des familles des personnes portées disparues au Liban, et Ziad Saab, président de l’ONG les Combattants de la paix, ont pris la parole tour à tour, évoquant la mémoire de la guerre, le souvenir des disparus et l’importance de l’histoire orale au Liban aujourd’hui. Le public a lui aussi pris part au débat. Plusieurs personnes ont elles aussi pris le micro, pour exprimer leur peine ou leur colère lorsqu’il s’agissait de parents de disparus, ou simplement pour échanger avec les spécialistes. Cette première journée s’est achevée par une performance théâtrale en play-back, représentant des histoires de la guerre civile libanaise.

Une amnésie collective
À travers cette exposition, les organisateurs et les associations qui y participent entendent promouvoir l’histoire de la guerre civile, discuter des points qui demeurent encore obscurs aujourd’hui. Philippe Lazzarini, présent au Liban durant la dernière année de la guerre civile, s’est dit surpris de voir comment, 25 ans plus tard, « peu de choses ont changé, et à quel point les divisions sont toujours aussi présentes ». Selon lui, « il est difficile de construire le futur sans visiter et sans être connecté à son passé ». « Être connecté à son passé, c’est reconnaître les vérités, les vécus et les perceptions de chacun. Ce n’est qu’à travers cela que l’on pourra initier un processus de pardon et de cicatrisation », a-t-il dit.
Les générations nées dans les années 1980-90, notamment, sont les premières visées par cette exposition. Au Liban, il n’y a pas de livre d’histoire unifié, il est impossible de l’apprendre par écrit, ont ainsi relevé les personnes présentes. D’où l’importance de l’histoire orale, unique moyen de ne pas oublier mais aussi de comprendre le passé et la mémoire de la guerre, pour pouvoir enfin avancer.
L’exposition de photographies se poursuivra jusqu’au lundi 21 mai, tous les jours, de 11 heures à 18 heures.

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