Les banques affaiblies par cinq années de taux négatifs

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La BCE a annoncé jeudi 7 mars qu'elle continuerait à appliquer un taux d'intérêt négatif sur une grande partie des dépôts que les banques commerciales conservent dans ses coffres.

Par Véronique Chocron Publié le 12 mars 2019 à 10h48

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Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, au siège de l'Institut de Francfort, le 7 mars 2019. Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, au siège de l'Institut de Francfort, le 7 mars 2019. Kai Pfaffenbach / Good Banque

Les banques européennes, qui pensaient voir le bout du tunnel en 2019 grâce à une augmentation des taux d'intérêt de la Banque centrale européenne (BCE), étaient à leurs dépens. La BCE a annoncé jeudi 7 mars qu'elle reportait au plus tôt l'augmentation de ses taux directeurs à la fin de 2019. L’Institut de Francfort continuera donc, comme il le fait depuis juin 2014, d’appliquer un taux d’intérêt négatif sur une grande partie des dépôts que les banques commerciales conservent dans ses coffres.

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"Le banquier qui s’enrichit en dormant, c’est fini"

Pour dissuader les banques de laisser leurs liquidités dormir et encourager les emprunts, chaque euro de leurs réserves excédentaires est soumis à un taux de -0,40%. Le coût direct de cette taxe est, chaque année, en milliards d’euros pour toutes les banques de la zone euro. Surtout, les taux négatifs ayant des répercussions sur tous les taux, ils ont réduit les marges d'intérêt générées par les institutions sur les prêts. Comme le répète le chef du groupe Crédit Mutuel, Nicolas Théry, "Le banquier qui s’enrichit en dormant, c’est fini".

Initialement, les institutions ont absorbé cette thérapie de choc sans trop de difficultés, les taux négatifs ayant également épuisé leur part d'effets positifs: les taux très bas et l'intérêt des banques à prêter davantage ont entraîné un effet de volume. favorable aux grandes marques. Les crédits bon marché ont également rendu les emprunteurs plus solvables et ont permis aux banques de réduire la part des prêts non remboursés.

Mais cinq années de ce régime ont entraîné une baisse des revenus provenant des activités de banque de proximité de presque toutes les institutions. Les contrôleurs accordent maintenant une attention particulière à la rentabilité des institutions européennes car, explique l’un d’eux, "Les banques les plus rentables sont les banques les moins dangereuses".

Les résultats 2018 des groupes bancaires ont généralement été plafonnés. La morosité de la banque de détail n’a pas permis de combler l’espace vide entre les activités de marché. En France, BNP Paribas et Société Générale ont dû réduire certains des objectifs financiers de leurs plans stratégiques et annoncer de nouvelles mesures d'économies, qui devraient entraîner une réduction des effectifs.

Fuite possible du client

"Cet environnement de taux d’intérêt très bas est structurel. Même si les taux augmentent, cette hausse restera très contenue. La capacité des banques à générer des revenus d’intérêts sera de plus en plus difficile à l'avenir" a déclaré Laurent Quignon, responsable de l'équipe économie bancaire chez BNP Paribas. Les banques européennes ont donc commencé à changer de modèle. "Pour compenser la forte baisse des spreads de crédit, ils ont développé d'autres types de revenus, des commissions sur les services bancaires, et ils ont tous mis à profit les effets de réduction des coûts."il continue.