Endettement: Surprise, surprise, les taux français à 10 ans ont été divisés par deux en un an

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Atlantico: Dans un contexte de tensions économiques mondiales et de ralentissement de la croissance, le taux d’endettement français à 10 ans a atteint 0,54%, un creux de près de 3 ans et une baisse de près de 50% par rapport au plus haut de 1,04% de l’année dernière. Comment expliquer cette situation? La baisse de la croissance est-elle un facteur?

Michel Ruimy Comme pour tous les actifs financiers, plus le risque est élevé, plus le rendement est élevé. Si vous prêtez de l'argent à l'État pendant 10 ans, vous courez plus de risques que si vous ne le prêtez que pour un an. Vous demanderez donc un intérêt annuel plus élevé car l’incertitude est généralement plus longue.

Quels sont ces risques? Il y a bien sûr le risque de non-remboursement, qui augmente avec la maturité, c'est-à-dire le temps qui passe, mais aussi le fait de ne pas pouvoir anticiper l'inflation à long terme. Parce que l'objectif premier de tout investisseur est de trouver, en premier lieu, son capital en termes de pouvoir d'achat et non en valeur. Tous les investisseurs devront choisir entre leur aversion pour le risque et leur préférence pour la liquidité.

D'autre part, vous devez savoir qu'il existe une relation inverse entre le prix d'une obligation et son rendement. Ce qui signifie que si son prix augmente, le taux d'intérêt diminue alors. C'est donc l'offre et la demande qui font varier les taux.

La situation de la France nous interpelle aujourd'hui: compte tenu de ses indicateurs économiques (croissance, chômage, balance commerciale …) et malgré une notation dégradée (perte de son triple A), ses obligations souveraines restent un atout apprécié! Alors que les taux augmentent aux États-Unis, personne ne veut d’obligations qui n’apportent pas «beaucoup». En conséquence, les investisseurs vendent leurs titres et achètent des obligations européennes, un domaine dans lequel les taux ne montent pas. Le prix des obligations reste donc stable. Toutefois, à l'exception de l'Allemagne, la France est le seul pays qui, par rapport à des pays comparables tels que l'Italie ou l'Espagne, offre des perspectives rassurantes. Cela ne signifie toutefois pas que la situation économique est bonne. C'est tout simplement moins grave que celui des autres pays.

Comment anticiper l’évolution des taux d’intérêt français à court terme alors que la situation du déficit et de la dette s’indigne?

En s’appuyant sur la différence entre taux longs et taux courts, certains acteurs du marché considèrent, pour des raisons opérationnelles, la courbe de rendement comme un indicateur avancé, prédictive de l’activité, car elle intègre les attentes des investisseurs quant à l’évolution des taux d’intérêt et de l’inflation sur la période. période future.

De même, les banques centrales ont tendance à utiliser cet outil à des fins d'analyse économique, à la fois pour rechercher des indicateurs d'inflation et pour évaluer, à la lumière de l'évolution future des taux d'intérêt, la réaction des agents économiques à la politique monétaire poursuivie et donc le degré de crédibilité de ce dernier.

Ainsi, par exemple, lorsqu'il est inversé, c'est-à-dire qu'il est moins coûteux d'emprunter pour dix ans que pour deux ans, par exemple, une récession devrait survenir dans les deux ans. Mais rien n’est moins certain, car, en raison des politiques monétaires extrêmement accommodantes de la Réserve fédérale et de la Banque centrale européenne, la courbe des rendements a été faussée.

Cependant, l'idée d'une récession est toujours le bout de son nez dans les plus pessimistes. Dans un monde où les liquidités seront moins nombreuses, toutes les stratégies gagnantes des dix dernières années seront remises en question avec la déflation de l’inflation des actifs et des gouvernements. conscience de l'impossibilité de faire passer cette inflation d'actifs à celle du pouvoir d'achat du plus grand nombre.

Ainsi, en 2019, l'économie mondiale est confrontée à un mix croissance / inflation moins favorable. Le resserrement de la politique monétaire et un ralentissement de la croissance ne signifient pas que la récession est une menace. En fait, nous devrions nous préoccuper davantage d’une croissance positive mais décevante que d’une récession, qui n’est pas pertinente pour les fondamentaux de la croissance mondiale actuelle. Une attention particulière devrait être accordée à l'évolution des prochaines négociations politiques (tensions sino-américaines, Brexit, etc.).

Pour le moment, alors que la dette publique française devrait atteindre 100% du produit intérieur brut cette année, les incertitudes géopolitiques et économiques et la décrépitude de certaines économies nous font bénéficier d'un taux d'intérêt bas. , qu'il serait sage d'utiliser pour initier des réformes structurelles.