Assurance vie: les fonds en euros résistent

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+ VIDEO La baisse du taux moyen des fonds en euros 2018 soulève à nouveau la question de la pertinence d'investir dans ce type de soutien dont l'avenir financier semble plus que jamais osciller entre érosion et consolidation. Nos éléments de réponse.

Les données définitives ne seront pas disponibles début mars, mais il semble déjà clair que les fonds en euros ne protègent plus contre l'inflation. Le taux moyen devrait se situer autour de 1,6% à 1,7% pour l'exercice 2018 (contre 1,8% un an auparavant). Et nous devons encore "alléger" ce retour sur les cotisations de sécurité sociale de 17,2% et les frais de prime que la plupart des réseaux utilisent. Pourtant, le succès de ces médias dans sécuriser le capital en tout temps par l'assureur ne s'efface pas: ils ont drainé l'an dernier une centaine de milliards d'euros de nouvelle collection et capturent encore les trois quarts des montants investis en assurance-vie.

C'est vrai qu'entre Un livret 0,75% et un marché boursier en perte de 11% l’année dernière, les trajectoires d’optimisation risque-rendement investissements financiers l'air très étroit. "L'année 2019 pourrait être encore plus compliquée que 2018, ce qui nous appelle à la plus grande prudence dans la répartition des actifs", disent Eric Dubos et Roger Caniard, directeur financier de MACSF.

Refroidis par la sous-performance 2018 des différentes unités de compte (UC) de leurs contrats, les détenteurs d'assurance vie (39% des ménages, selon l'Insee) ont, pour la plupart, de fortes chances que les fonds en euros avoir le moins mauvais compromis. Ont-ils raison? La réponse est, à l'image même de ce placement, composite.

Dilution programmée

Principalement investis dans des obligations d’État et de sociétés (30,4% et 39,7%, respectivement, des assureurs et des investissements à la fin de 2017), les fonds en euros n’ont pas fini de rendre hommage à la baisse historique des taux d’intérêt. La France le sait depuis huit ans. La rentabilité de ces supports s'érode mécaniquement au fur et à mesure que les actifs dans lesquels ils sont placés se renouvellent sous le double effet d'encaissement de la nouvelle collection et des sorties.

"Les entreprises sont obligées de remplacer les anciennes obligations rémunératrices qui arrivent à échéance par des émissions moins rentables"confirme Cyrille Chartier-Kastler, expert indépendant, fondateur du site internet Goodvalueformoney.eu (GVfM). Certes, plusieurs signes (ré-identification des taux directeurs américains, fin de assouplissement quantitatif banques centrales) indiquent que ce cycle baissier touche à sa fin.

Les bons choix pour votre assurance vie

Mais la plupart des prévisionnistes parient pour les taux français et européens toujours au plus bas en 2019, avec la clé d'un rendement moyen des fonds en euros durablement "plombé", susceptible d'atterrir progressivement "Environ 1,30%, en raison d'une dynamique baissière de l'ordre de 0,10% à 0,20% par an"dit Cyrille Chartier-Kastler.

Dispersion flagrante

Dans ce contexte général, tous les contrats ne sont pas dans la même catégorie. Fin décembre, une étude de l'association La consommation, le logement et le cadre de vie (CLCV) a mis en évidence des différences de rendements pour les fonds en euros, allant de "Simple quadruple" (de 0,75% à 3,5%!) en 2017, l'inégalité de traitement étant particulièrement criante pour les produits anciens fermés à la commercialisation.

L'observation est valable pour 2018 lorsque l'écart est à nouveau marqué entre, d'une part, les contrats promus par certaines mutuelles, associations d'assurances ou vendues sur Internet, dont les taux dépassent souvent encore les 2%. Et d'autre part, l'offre standardisée de la bancassurance et des grandes entreprises, bien en dessous de ce seuil, même si certaines ont fait le choix de se stabiliser ou même d'augmenter légèrement (la Caisse d'Epargne, par exemple) leurs rendements.

La flexibilité

Cette disparité est due à plusieurs facteurs. La taille des contrats concernés est évidemment déterminante car nous ne gérons pas avec la même agilité plusieurs milliards d'euros ou quelques centaines. Mais le volume n'explique pas tout. le choix d'investissement et le degré de diversification des actifs est également pris en compte.

"La surperformance de 8% de notre fonds par rapport à la moyenne du marché au cours de la dernière décennie est le résultat d'une prise de risque pertinente et renouvelée dans le financement des sociétés cotées et non cotées. Cela nous a permis de réaliser, début 2018, des des gains sur les investissements en actions et les fonds d'infrastructure ", témoigne Guillaume Rosenwald, directeur général de l’épargne retraite du MACSF (plus de 20 milliards d’euros d’encours gérés).

Cette société n'est évidemment pas la seule à avoir réalisé des gains en capital début 2018 sur la partie diversifiée de son portefeuille avant la chute du CAC 40 (fin 2017, les actions représentaient 16,6% de tous les assureurs sur la vie). La différence de rendement d’une partie à l’autre, voire d’un canal de distribution à l’autre, reflète également la volonté des entreprises – ou non – de maximiser les avantages pour leurs clients des fruits de la gestion d’actifs où la vie les primes d'assurance sont investies.

"La performance de notre fonds général est redistribuée au profit de nos membres uniquement parce que nous n'avons pas d'actionnaire à payer", dit un chez Garance, une mutuelle qui servait l’année dernière à un taux de 3,10%. Comme en témoigne le niveau de leurs réserves, la grande majorité des assureurs préfèrent au contraire conserver davantage de marge de manœuvre.

Provisions distribuables

Depuis cinq ans, les entreprises nourrissent leur offre de participation aux bénéfices à un taux élevé. Ce PPB, qui leur permet de réserver temporairement une fraction des revenus générés par la gestion de leurs fonds en euros, représentait la fin de 2017 "3,58% des encours contre 1,43% en 2012"dit Cyrille Chartier-Kastler. Et, plus les plus-values ​​latentes comptabilisées dans la réserve de capitalisation et les plus-values ​​latentes liées aux actions et aux actifs immobiliers présents dans les portefeuilles, ce taux a augmenté, toujours à la fin de 2017, "À 9,28% de l'encours".

Certes, sous l’effet de la chute des marchés boursiers, les plus-values ​​non réalisées sur des actions vont fondre comme de la neige au soleil. Mais assurément, les assureurs, qui doivent redistribuer PBB aux souscripteurs dans les huit ans suivant leur constitution, disposent toujours de cartouches pour contrer l'effet dilutif des obligations peu rémunérées achetées ces dernières années!

Il y a deux ans, l'article 49 de la loi Sapin II du 10 décembre 2016, qui conférait au HCSF (High Financial Stability Board) la possibilité de bloquer temporairement des mouvements de retrait massifs, a fait sensation. Cette mesure drastique serait envisagée en cas de forte augmentation du taux d'intérêt ayant pour impact immédiat la dévaluation des fonds en euros.
Si l'hypothèse n'est pas exclue, compte tenu de la faiblesse des taux directeurs de la BCE et de la tourmente des marchés, "Ces risques de liquidité ne sont pas pertinents"déclare Daniel Collignon, directeur général de Spirica (Crédit Agricole Assurances). Fin novembre 2018, les assureurs, qui avaient tendance à profiter de ce contexte angoissant pour forcer leurs clients à souscrire davantage d'UC, ont même été appelés par Bernard Delas, vice-président de l'ACPR (Autorité surveillance prudentielle et la résolution, qui supervise le secteur des assurances), de démontrer "La vigilance la plus extrême" dans ce marketing qui a également "Justifié" est-ce dans un contexte de taux bas, n'est-il pas "Innocuité et analysée comme un transfert de risque de l'assureur à l'assuré".

Laurence Delain