Un mineur migrant dans une maison à Marseille le 10 janvier 2019 / Good Banque

Un mineur migrant dans une maison à Marseille le 10 janvier 2019 / Good Banque

Une chambre simple avec des murs nus: c'est "la plus belle maison" que Saliew ait connue. Arrivé à Marseille après avoir fui son pays, cet orphelin gambien de 16 ans occupe un bâtiment du diocèse, symbole des difficultés rencontrées par les mineurs étrangers dans la ville.

Soixante mineurs et une centaine d'autres migrants accompagnés de jeunes enfants vivent depuis le 18 décembre dans cette maison de campagne vide de deux étages, où le diocèse a rallumé le chauffage et l'électricité.

"Ici, nous sommes aidés par de bonnes personnes, cela fait longtemps que cela n’est pas arrivé", respire Saliew. À 14 ans, il a fui son pays après la mort de son père, tué par un coup d'État, pour échouer dans l'enfer de la Libye. Il est jeté en prison, violé et torturé, a-t-il déclaré à l'Good Banque, avant de réussir à s'enfuir par la mer, en Italie. Quand il arrive finalement à Briançon (Hautes-Alpes) après des heures de marche en montagne, il s’effondre et est hospitalisé.

A Marseille, il espère trouver "une école, une maison". "Je suis un enfant", se souvient-il en anglais: "Mais je n’ai personne en Europe, je n’ai pas de famille, j’ai besoin d’aide, de soins".

"Quand nous pensons être arrivés et que nous n'avons plus besoin de mobiliser toutes nos ressources pour suivre le rythme, nous lâchons prise et certains sont profondément découragés", explique Anne Gautier, membre du RESF (Réseau Education sans frontière). "Nous n'acceptons pas que les enfants soient dans la rue alors qu'ils ont des droits", dit-elle, ravie que la "maison de Saint-Just" soit visible depuis la fenêtre du bureau de la présidente du département, Martine Vassal (LR).

Un mineur immigré à Marseille le 10 janvier 2019 / Good Banque

Un mineur immigré à Marseille le 10 janvier 2019 / Good Banque

La loi impose au département de fournir un hébergement temporaire d'urgence – à l'hôtel en particulier – à tout migrant se déclarant mineur, en attendant son évaluation.

Selon Mme Gautier, une centaine de ces mineurs en attente d'une évaluation vivent actuellement dans les rues de Marseille. Le tribunal administratif a déjà condamné à plusieurs reprises le département à une amende journalière pour manquement à ses obligations.

– "C'était éblouissant" –

"Tout cela, nous avons un petit + pétant + dans la gueule, c'était éblouissant", a déclaré David Le Monnier, responsable du député à ADDAP 13, une association commanditée par le conseil de comté.

Un mineur migrant se promène dans le couloir du domicile de Saint-Just à Marseille le 10 janvier 2019 / Good Banque

Un mineur migrant se promène dans le couloir du domicile de Saint-Just à Marseille le 10 janvier 2019 / Good Banque

Les mineurs non accompagnés pris en charge par la communauté sont désormais plus de 800, contre 577 en 2017. "Chaque année, 600 veulent entrer dans le système de député, nous devrions tous nous mettre à l'abri, mais nous avons du mal à atteindre cet objectif", explique M. Le Monnier.

Une fois «hébergés», les jeunes sont évalués par des travailleurs sociaux et présentés à un juge pour mineurs, qui leur attribue une ordonnance de placement temporaire (OPP) à ceux dont il accrédite la minorité et l'isolement.

Ce document oblige le département à fournir un accompagnement socio-éducatif, dont il assure la performance à 95%. "C'est 90%", rectifie Anne Gautier. "Et ensuite? Et les 10%? Que penseriez-vous d'un service hospitalier qui dirait que + nous prenons en charge 90% des patients +?

Elle dénonce également le placement de député dans des hôtels "sociaux" où travaillent des prostituées et des marchands. Le responsable de l’ADDAP 13 estime que si l’hôtel n’est "pas idéal" mais manque d’espace dans un hébergement adapté ", nous pouvons commencer un suivi socio-éducatif.

Tous les acteurs s'accordent sur un point: ils dénoncent le système de distribution des NAM sur le territoire, ce qui pousse les juges de toute la France à délivrer des OPP dans les Bouches-du-Rhône, département qui héberge le plus grand nombre de NAM en France derrière le Nord. Résultat: "Des enfants insérés ailleurs, arrivant en train dans une ville où ils se perdent", selon Anne Gautier.

"Le budget a explosé en quelques années, à 27 millions d'euros fin 2017", assure toutefois Brigitte Devesa, responsable de l'enfance et de la famille auprès du conseil départemental, dénonçant un "désengagement massif de l'Etat". Il annonce la construction en 2019 de deux maisons de cinquante places qui viendront s'ajouter aux 60 existantes.

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