Une banque climatique européenne? Oui, mais ça existe déjà!

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Dans tribune récente chez "Parisien-Aujourd’hui en France", Jean Jouzel et Pierre Larrouturou proposent la création d’une banque climat et d’un budget européen dédié à la transition écologique. Dans "l'Express" L'ancien ministre Nicolas Hulot exhorte l'Europe à investir davantage dans l'écologie.

Toutes ces idées sont excellentes. Oui, l'UE doit absolument aider ses États membres à financer la lutte contre le changement climatique. Mais il y a mieux: non seulement l'Europe investit déjà beaucoup dans la transition énergétique, mais la "banque climat" existe aussi, bien qu'elle ne s'appelle pas ainsi. C'est la Banque européenne d'investissement (BEI).

Un quart des investissements climat

Banque de l'Union européenne, dont tous les États membres sont actionnaires, la BEI a fait de la lutte contre le changement climatique l'un de ses principaux domaines d'intervention. Il y a dix ans, il a joué un rôle de pionnier sur le marché de la obligations vertes en publiant la première "obligation de responsabilité envers le climat" (OCR) au monde.

Aujourd'hui, la BEI consacre au moins 25% de ses investissements totaux au changement climatique, ce qui représente 19,4 milliards d'euros en 2017. Il s'agit du plus important bailleur de fonds pour le climat dans le monde. tous les donateurs multilatéraux. Et notre ambition est particulièrement élevée. Conformément aux engagements pris dans les Accords de Paris à la COP 21, la BEI investira 100 milliards de dollars dans ce domaine d'ici 2020, ce qui réduira les risques pour les investisseurs privés et facilitera leur mobilisation. ainsi que.

Béton, en France

Ces milliards peuvent sembler très théoriques. Pourtant, ils sont concrets. À Cestas, en Gironde, la BEI a cofinancé la plus grande centrale photovoltaïque en Europe. Nous avons également financé la quasi-totalité des tramways et métros des villes de France.

La BEI soutient également la transition énergétique des bâtiments privés et publics en finançant des sociétés de financement tierces, qui offrent ensuite des prêts à des particuliers pour la rénovation de leur logement. Les contrats déjà signés réduisent le coût des rénovations thermiques pour plus de 20 000 d'entre eux en France.

L'un des meilleurs exemples est celui de SPEE, dans les Hauts-de-France, à qui nous avons octroyé 23,5 millions d'euros en 2015 pour l'aider à prêter à des conditions attractives aux particuliers effectuant des travaux de rénovation. Les résultats sont spectaculaires: avec un paiement mensuel moyen de 147 euros de remboursement de crédit, les ménages ont réalisé environ 100 euros d'économies sur leur facture d'énergie chaque mois, sans compter la valeur prise par leur bien.

Aller plus loin

Ce point illustre parfaitement l'intérêt – et la difficulté – d'une "banque climat". Notre intervention n’est pertinente que si elle permet à des sociétés de financement tierces de prêter à leurs clients taux d'intérêt le plus bas possible. Nous devons donc pouvoir nous-mêmes nous refinancer à des conditions très avantageuses avec les marchés. Et cela, la BEI y parvient car la qualité de son bilan – et le soutien des États membres de l'Union européenne – lui permettent d'afficher les meilleures notations (AAA). Par conséquent, toute nouvelle "banque climat" devra se financer à des taux encore plus bas que ceux de la BEI, ce qui nécessiterait des capitaux importants …

Restons toutefois modestes. Malgré les efforts conjoints de la Commission européenne et de la BEI, les moyens financiers restent insuffisants par rapport à l'ampleur des besoins. Nous sommes tous d'accord, fondamentalement! Oui, l'Europe doit faire plus pour lutter contre le changement climatique. Mais utilisons ce qui existe déjà et travaillons depuis soixante ans – la BEI – pour l’utiliser davantage et encore mieux.


Ambroise Fayolle

est vice-président de la Banque européenne d’investissement.